En septembre 2020, Hanne Maudens, l'une des meilleures heptathlètes belges derrière Nafi Thiam, annonce dans un blog qu'elle renonce à son billet pour les JO de Tokyo. Stress, blessure récurrente au tibia et épuisement professionnel l'ont poussée à repenser ses priorités. Après une pause, elle se recentre sur les 400 et 800 mètres.
Fin janvier 2021, le cycliste néerlandais de haut niveau Tom Dumoulin prend également une pause. « Je veux performer pour tout le monde, mais je me suis oublié ces derniers temps », confie-t-il sur les réseaux sociaux de son équipe. « Je n'ai pas le temps de me demander ce que je veux vraiment dans la vie, et je deviens malheureux. »
Comme pour le grand public, le burn-out frappe aussi les athlètes de élite. La pression extrême inhérente à leur profession en est souvent la cause. « Les sportifs de haut niveau s'entraînent depuis l'enfance pour atteindre le sommet », explique Eva Maenhout, psychologue du sport auprès d'athlètes olympiques, d'entraîneurs et d'équipes belges comme Basket Oostende ou les équipes nationales de football juniors. Cette pression constante, alliée aux émotions, pensées et attentes – les leurs comme celles des autres – impacte profondément leur santé mentale.
« Un burn-out résulte d'un déséquilibre prolongé entre stress et récupération physique, émotionnelle et mentale », précise Els Snauwaert, psychologue du sport pour l'équipe nationale belge d'aviron, l'équipe paralympique, et des athlètes en voile, athlétisme, escrime, golf et triathlon. « Les athlètes gèrent bien l'équilibre physique avec relaxation et repos, mais négligent souvent le mental et les émotions. Sans satisfaction dans leur sport, ils peinent mentalement. »
L'entraîneur joue un rôle pivotal. Exigeant, il doit l'être, mais sa méthode motive ou épuise. « Un coach motivationnel amortit la pression ; un style inadapté la amplifie en ignorant les signaux ou en contrôlant excessivement », note Snauwaert. « Il offre structure et vision, tout en laissant place à l'autonomie et au dialogue pour bâtir une relation solide. Moins de contrôle est mieux. »
Stef Van Puyenbroeck, psychologue du sport à la Volleyball Top Sports School, supervise des olympiens comme Ben Broeders et recherche le comportement des entraîneurs à la KU Leuven, tempère : « Les psychologues aident aussi les athlètes à gérer les styles d'entraînement. Parfois, une pression bien dosée est nécessaire ; on les forme à en tirer profit. »
Pour Kris Perquy, coach mental du KAA Gent, Red Wolves et Taskforce Sportpsychologie de la Fédération Royale Belge de Football, co-auteur de Het Sportbrain (2019) avec Eva Maenhout, la réussite sous pression dépend moins de la personnalité que des compétences mentales : résilience, relativisation, confiance. « Introvertis ou extravertis, tous peuvent exceller avec les bons mécanismes. »
Van Puyenbroeck nuance : « Certains traits, comme le perfectionnisme négatif, augmentent les risques de burn-out, stress ou peur de l'échec. Le positif motive (hautes exigences sans obsession des erreurs) ; le négatif stresse (inquiétude sur l'incontrôlable). Les névrosés ou anxieux adaptent plus difficilement, mais des efforts proactifs aident. »
Ellen Schouppe, psychologue pour les Belgian Cats, Cheetahs et Red Panthers, insiste sur les compétences mentales : « Chez les talents à haut potentiel sous-performants, j'ai identifié chez les élites un socle d'attitudes et skills communs au-delà du talent. »
« Voir un psychologue du sport n'est pas pour les 'problématiques' ; c'est dépassé », affirme Schouppe. « Comme l'entraînement physique, le mental est quotidien pour performer. 80 % des élites investissent proactivement en leadership ou audace. »
Snauwaert ajoute : « Cela approfondit l'auto-connaissance, stabilise les perfs et prévient le burn-out. »
« L'idée que les athlètes consultent un psychologue du sport seulement en cas de problème est totalement dépassée. » Ellen Schouppe
Van Puyenbroeck : « Rendre accessible cette démarche en standard. L'auto-régulation est l'objectif ; certains n'en ont vite plus besoin. » La sportpsychologie explose : de un à sept psychologues pour les jeunes footballeuses belges.
Schouppe détaille : motivation extrême, entraînements intelligents (objectifs intermédiaires concrets), visualisation positive, leadership auto-imposé, flexibilité mentale, conviction illimitée, apprentissage proactif des feedbacks et défaites.
Snauwaert confirme : « Objectifs intermédiaires boostent la compétence ; implication dans l'entraînement motive. »

À Roland Garros 2021, Naomi Osaka boycotte la presse pour la santé mentale, écopant d'une amende avant de se retirer.
Schouppe : « Toutes ces attitudes, dosées, mènent au sommet sans sacrifier le bien-être. Développables, comme la résilience de Justine Henin post-perte familiale. »
« Les athlètes équilibrent bien le stress physique, mais laissent le mental au hasard. » Els Snauwaert
Émotions positives excessives déconnectent aussi ; contrôle émotionnel essentiel. Reconnaître les succès renforce.
Techniques : résilience (accepter/abandonner stress), focus sensoriel présent, routines contrôlables (Nadal), respiration, power posing, visualisation revers.
Flow rare : réflexes automatisés post-entraînement massif, boosté par sommeil, nutrition, viz.

Routines focalisent ; respiration calme ; power pose booste confiance. Ateliers visualisation scénarios négatifs préparent.
Signaux burn-out : démotivation chronique, irritabilité, distraction. Agir vite.
Tom Dumoulin est revenu, visant l'or olympique en contre-la-montre.
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