Depuis la pandémie de Covid-19, l'ARN messager (ARNm) a conquis le monde. Son rôle ne s'arrête pas là. Le professeur Zwi Berneman, chef du service d'hématologie à l'UZ d'Anvers, explore ses futures applications. « Un traitement préventif contre le cancer n'est pas exclu à l'avenir. »
Photo : Image microscopique d'une cellule cancéreuse attaquée par deux lymphocytes T. Les vaccins à ARNm peuvent stimuler ces lymphocytes pour détecter les tumeurs. (Crédit : Instituts nationaux de la santé)
Sensibiliser le grand public en si peu de temps : peu de technologies médicales ont connu une telle ascension que l'ARNm, propulsé par la pandémie de coronavirus. L'ARN messager, qui traduit les instructions de l'ADN en protéines, forme la base des vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna.
Selon le Pr Zwi Berneman, cette molécule offre bien plus en médecine curative. Elle pourrait améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer ou de maladies auto-immunes.
Certaines immunothérapies sont déjà utilisées contre le cancer. Elles activent le système immunitaire du patient contre les cellules anormales, sans les effets invasifs de la chimiothérapie et avec moins d'effets secondaires. Ces thérapies gagnent ainsi du terrain ces dernières années.
« Oui. À l'UZ d'Anvers, nous développons des immunothérapies basées sur l'ARNm depuis 2005. L'ARN messager transmet un message au système immunitaire, codant pour des protéines spécifiques des cellules cancéreuses. »
« Concrètement, nous produisons des ARNm synthétiques codant pour la protéine WT1, présente dans de nombreux cancers. Nous les introduisons dans les cellules dendritiques du patient – les "généraux" du système immunitaire. Ces cellules produisent alors la protéine tumorale et alertent les lymphocytes T, qui traquent et détruisent les tumeurs. »
Les essais cliniques sont en cours, avec des résultats encourageants : survie prolongée, rechutes retardées et réduction de la taille des tumeurs chez des patients atteints de leucémie, tumeurs cérébrales, mésothéliome pleural ou cancer du sein métastatique. Des conclusions sur d'autres cancers restent à venir.
« Avant la pandémie, plusieurs laboratoires, dont BioNTech et Moderna, testaient déjà l'ARNm contre le cancer. Leurs vaccins personnalisés stimulent les lymphocytes T contre des antigènes tumoraux spécifiques, mais leur production sur mesure prend des mois. »
« Nous constatons que les patients vivent plus longtemps après une immunothérapie à ARNm. Les rechutes surviennent plus tard et les tumeurs rétrécissent. » Pr Zwi Berneman
« L'immunothérapie à ARNm est encore expérimentale, mais nous savons que les thérapies classiques varient en efficacité. Pour que les lymphocytes T détectent une tumeur, ses antigènes doivent s'exprimer en surface. Certains cancers, comme ceux du pancréas ou de l'ovaire, bloquent cela. »
« Le nombre de mutations tumorales aide aussi : plus il y en a, plus la reconnaissance immunitaire est facilitée. L'environnement tumoral peut supprimer l'immunité, en attirant peu de lymphocytes T ou en les neutralisant. Enfin, un déficit en lymphocytes T chez certains patients limite l'efficacité. »
« Des injections répétées d'ARNm codant pour WT1 pourraient convenir. Chez les personnes à risque sans mutations tumorales, une protéine universelle comme WT1 est idéale. Au Japon, le Pr Sugiyama propose des vaccinations annuelles préventives avec des peptides WT1. »
« Le corps tolère partiellement WT1, nécessitant peut-être des rappels annuels, contrairement aux virus. Des essais comparatifs avec d'autres protéines ouvriront la voie à ces vaccins pour groupes à risque. »
Les maladies auto-immunes attaquent les propres tissus du corps. Dans la sclérose en plaques, le système immunitaire cible la myéline des nerfs, causant paralysie ou pertes sensorielles. Supprimer globalement l'immunité (ex. : cortisone) expose aux infections.
« Un vaccin préventif contre le cancer peut être utile pour les groupes à risque. » Pr Zwi Berneman
« Nous utilisons des cellules dendritiques traitées à la vitamine D, chargées de peptides myéliniques (MOG, MBP, PLP), pour supprimer sélectivement l'auto-immunité. »
BioNTech et l'UZ Anvers testent l'ARNm en préclinique pour des thérapies plus accessibles. Des résultats prometteurs chez la souris, en collaboration avec l'Université de Barcelone et BioNTech, inspirent l'espoir.
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