Depuis plusieurs années, l'IRMf (Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle) permet d'identifier les attirances pédophiles, tout en posant de sérieuses questions éthiques.

Le ministère de l'Intérieur britannique a récemment annoncé la destruction ou la disparition de documents sensibles sur des cas de maltraitance d'enfants impliquant des responsables politiques, certains toujours en activité. Face à un juge, ces personnes nieront probablement toute pédophilie. Pourtant, l'IRMf offre un moyen objectif d'évaluer l'orientation sexuelle, comme l'a expliqué le psychothérapeute Jorge Ponseti de l'Université Christian-Albrechts dans Psyche&Brain (n°4, 2012).
Abuser d'un enfant ne définit pas forcément une orientation pédophile. Même les hommes préférant les adultes peuvent occasionnellement agresser un enfant par opportunisme, en l'absence de partenaire consentant. Ces "délinquants situationnels" voient l'enfant comme un substitut. Selon des sexologues canadiens (2001), seulement la moitié des primo-délinquants sexuels sur enfants sont de véritables pédophiles. Le sexologue Klaus Beier, de la Charité de Berlin, estime à 220 000 le nombre de pédophiles en Allemagne, sur la base de données de la Charité et de l'Université de Kiel.
La distinction entre pédophiles et délinquants situationnels est cruciale pour deux raisons. D'abord, leurs thérapies diffèrent : les seconds apprennent à nouer des relations adultes, tandis que les premiers reçoivent des stratégies d'évitement et parfois des traitements anti-libido. Ensuite, le risque de récidive varie : une étude de Klaus Beier (1995) montre que 50 % des pédophiles homosexuels récidivent sur 36 ans, contre 25 % pour les hétérosexuels pédophiles. Chez les situationnels, ce taux est inférieur à 25 %.
Risque accru de récidive
Pour les pédophiles attirés par les garçons, le risque de récidive est environ deux fois plus élevé que pour ceux préférant les filles.
Identifier l'orientation est complexe : les délinquants masquent souvent leurs préférences, rendant les questionnaires inutiles. Trois méthodes objectives ont été développées :
1. La phallométrie, pionnière de Kurt Freund (années 1950), mesure les réactions péniennes à des images nues d'enfants ou d'adultes. Précise mais critiquée pour son invasivité et sa manipulabilité potentielle, elle est utilisée en thérapie anglo-saxonne. En Allemagne, seul le groupe de l'Université de Kiel l'étudie.
2. Le test de réaction exploite la distraction par stimuli attractifs : localiser un point sur une image nue prend plus de temps si attractif. Andreas Mokros (Ratisbonne) distingue ainsi délinquants sexuels et autres criminels, avec détection des manipulations.
3. L'IRMf visualise l'activité cérébrale. En 2006, notre équipe a montré l'activation du système de récompense pour les préférences correspondantes. Boris Schiffer (Essen, 2008) a confirmé cela chez les pédophiles. Des études ultérieures identifient des régions clés comme le noyau caudé et la substantia nigra.
Si une image correspond à la préférence sexuelle, les neurones du système de récompense s'activent.
La préférence sexuelle visible au scanner
Dans notre étude récente, l'IRMf a classé correctement 21/24 pédophiles et 35/35 témoins sains, avec une précision remarquable. Les pédophiles testés admettaient leur attirance ; une étude en cours vérifie la résistante à la manipulation, improbable car les réponses sont subconscious.
Ces méthodes soulèvent un dilemme éthique : espionner les préférences sans contrôle ? Cela dépend du contexte : légitime en thérapie volontaire, surtout post-condamnation, pour adapter traitements et pronostics. Seuls les actes sont punissables, non les inclinations neurobiologiques. De nombreux pédophiles contrôlent leurs pulsions lifelong.
Est-il éthiquement acceptable d'espionner les tendances sexuelles sans consentement ?
Applications : de la recherche thérapeutique au screening de masse (inacceptable). Les juristes décideront de leur usage pénal si validées. Mieux vaut encadrer ces outils scientifiques que les rejeter.
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