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BDSM : Fantasmes sadomasochistes, plaisir et science démystifiée

Sept Flamands sur dix fantasment sur les fouets et les menottes en chambre à coucher. Pourtant, les couples pratiquant le BDSM font face à l'incompréhension : sont-ils atteints de troubles mentaux ?

Près de la moitié des hommes rêvent de frapper leur partenaire pendant l'acte sexuel.

Imaginez : vous êtes un homme dans un laboratoire, recevant un léger choc électrique avant de visionner un film pornographique. Des électrodes sur votre poitrine et vos doigts mesurent votre fréquence cardiaque et votre conductance cutanée. Un capteur sur votre pénis évalue votre excitation, et un cordon à votre bras est relié à un stimulateur électrique.

Au-dessus de l'écran, trois lumières s'allument aléatoirement. La première signale 60 % de chances d'un choc électrique. La seconde aussi, mais une érection suffisante vous en préserve. La troisième est neutre.

Cette expérience psychologique, menée en 1983 par David Barlow à la New York State University, montre que la peur n'inhibe pas l'excitation sexuelle, mais l'amplifie dans certains contextes. Contredisant l'idée dominante que peur et luxure s'excluent, elle révèle que tension et crainte peuvent stimuler le désir.

Jouer avec pouvoir et douleur

Pour certains, pouvoir, soumission et douleur sont au cœur de la sexualité. Luna, par exemple, a découvert le BDSM il y a huit ans. "J'avais déjà ces fantasmes, mais ce concept les a structurés", confie-t-elle. Le BDSM regroupe des pratiques paraissant violentes – fouets, menottes, bâillons, étranglements légers, cages ou privation d'orgasme – mais toujours fondées sur un consentement mutuel.

Le dominant ou la dominante respecte les limites convenues. Souvent confiné à la chambre, le BDSM n'altère pas l'égalité quotidienne des partenaires. Luna, "switch" (alternant rôles), l'a abordé via The Choice of Torment de Kathrin Passig et Ira Strübel. Today, salariée en marketing et étudiante en sociologie, elle assume ouvertement ses pratiques auprès de son entourage berlinois.

L'acceptation croît, boostée par Cinquante nuances de Grey (10 millions de téléspectateurs), malgré les critiques de la communauté BDSM pour son image stéréotypée. Une étude de Jantien Seeuws (Université de Gand, 2013) confirme : le livre popularise le BDSM mais renforce les clichés traumatiques.

Entre luxure et pathologie

Autrefois pathologisé – von Krafft-Ebing (1886) nomma sadisme et masochisme –, le BDSM était vu comme déviant. La psychanalyse l'attribuait à des traumas infantiles. Pourtant, des enquêtes récentes infirment cela.

Christian Joyal (Université du Québec, 2014) : 44 % des hommes et 24 % des femmes fantasment sur la fessée ; près de la moitié sur les menottes. Juliet Richters (2008, Australie) : 2 % pratiquent annuellement, sans plus de troubles psychologiques ; au contraire, moins de stress chez les hommes BDSM.

En Flandre (Université de Gand) : 0,9 % pratiquent SM ou bondage. Habiba Saebu (Tilburg) : adeptes plus consciencieux, extravertis, ouverts. Marvin Zuckerman lie cela à la recherche de sensations. Erich Witte (Hambourg) confirme : plus de nouveauté, sans traumas ni insatisfaction relationnelle.

Brad Sagarin (2008) observe une hausse de cortisol (stress) chez les soumis, suivie d'une chute et d'un lien renforcé. Le DSM-5 (2013) dépathologise le BDSM consenti, le distinguant des paraphilies nuisibles.

Définir des limites

Thérapeutes comme Gabriel Wichmann intègrent le BDSM sans le stigmatiser. La communauté insiste sur SSC : Safe, Sane, Consensual. Mots de sécurité, formation (ex. menottes), communication préalable minimisent les risques (14 % des Néerlandais consultent un médecin pour blessures).

Luna conseille : explorer via communautés locales, peser les risques. "Rien n'est sûr à 100 %, mais la prudence paie." []