Le centre émotionnel de notre cerveau joue un rôle clé dans l'inhibition de la douleur.
Une équipe de chercheurs de l'Université Duke a identifié une petite région cérébrale chez la souris capable de contrôler la perception de la douleur. Contrairement aux attentes, ce centre désactive la douleur plutôt que de l'activer. Située dans l'amygdale – une structure en forme d'amande associée aux émotions négatives comme la peur et la réaction de combat ou de fuite –, elle semble impliquée dans la modulation de la douleur.
Les scientifiques soupçonnent depuis longtemps l'existence d'un centre central dans le cerveau capable d'éteindre la douleur, expliquant potentiellement l'effet des placebos. Un article néerlandais de 2011 avait déjà mis en avant l'amygdale comme cible prometteuse pour le soulagement douloureux. Pourtant, la plupart des études se sont focalisées sur les zones activées par la douleur, nombreuses et complexes à inhiber. Ce centre unique parvient, lui, à stopper la douleur de manière autonome.
Cette étude prolonge des travaux précédents où les chercheurs ont examiné les cellules activées par les analgésiques plutôt que supprimées. Ils ont découvert que ces médicaments stimulent un sous-ensemble spécifique de neurones inhibiteurs dans l'amygdale centrale, baptisés CeAga. Bien que l'amygdale centrale soit plus grande chez la souris que chez l'humain, cela ne suggère pas un système différent pour la gestion de la douleur. À l'avenir, l'équipe vise à développer des médicaments ciblant ces cellules pour de nouveaux analgésiques.
Professeur de neurobiologie Dick Swaab (Institut néerlandais des neurosciences) : « Cette découverte est très surprenante. Je pense immédiatement aux applications pour la douleur chronique, un problème clinique majeur sans thérapie efficace. Chez ces patients, une stimulation de l'amygdale centrale via une électrode (stimulation cérébrale profonde) pourrait être testée. »
Professeur d'anesthésiologie Albert Dahan (Leids University Medical Center) : « Il s'agit ici d'une activation du système endogène de la douleur lié à l'anesthésie, où le corps produit naturellement un soulagement, par exemple sous stress. Cela confirme le lien étroit entre douleur, émotion, peur et stress. Pour la douleur chronique, dépendant du degré de lésion tissulaire et nerveuse, ce système ne procurera pas un soulagement total pour les lésions majeures, mais il aidera probablement. »