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Les préjugés implicites dans le cerveau : une réalité scientifique prouvée

Si vous deviez décider en une fraction de seconde de tirer ou non sur une personne qui semble armée, appuieriez-vous sur la gâchette ?

Les préjugés implicites dans le cerveau : une réalité scientifique prouvée

Le cas Trayvon Martin révèle les biais inconscients universels

Le mois dernier, George Zimmerman, un vigilant à Sanford (Floride), a abattu Trayvon Martin, un adolescent noir de 17 ans, pensant qu'il était armé. Bien que le racisme soit souvent invoqué, des études scientifiques montrent que même des individus sans préjugés explicites réagissent de manière similaire sous pression.

Des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes américaines après cet événement. Les New Black Panthers ont même offert 10 000 dollars pour la capture de Zimmerman, qui s'est caché. Réduire cet incident au seul racisme personnel occulte les préjugés implicites ancrés dans le cerveau humain.

Zimmerman, blanc, a rapidement supposé que Martin, afro-américain, était armé – il n'avait que des bonbons dans sa poche. Zimmerman avait déjà signalé plusieurs Afro-Américains suspects au 911. Ce drame rappelle l'affaire Amadou Diallo en 1999 : un vendeur noir new-yorkais abattu de 41 balles par des policiers blancs qui l'ont confondu avec un violeur, son portefeuille pris pour une arme.

Des armes imaginaires
Et vous ? Votre décision en une fraction de seconde serait-elle influencée par la couleur de peau ? Une étude de 2002 menée par Joshua Correll, de l'Université du Colorado, sur le "dilemme de l'officier de police" montre que la plupart des gens, y compris des étudiants, tirent plus souvent par erreur sur des Noirs non armés que sur des Blancs.

Les participants voyaient des avatars en réalité virtuelle portant une arme ou un objet neutre (montre, canette, téléphone). Ils devaient décider de tirer : +10 points pour une cible armée, -5 pour une non armée, -20 pour ne pas tirer sur une armée, etc. Les avatars étaient noirs ou blancs, sans que les sujets le sachent initialement. Résultat : plus d'erreurs sur les Noirs non armés, même chez les plus conscients des stéréotypes. Conclusion : les biais inconscients, pas forcément le racisme déclaré, guident ces réactions rapides.

Sous la surface
Nos idées conscientes sur nous-mêmes masquent souvent des biais implicites. Depuis 1998, le Test d'Association Implicite (IAT) de l'Université de Harvard mesure ces biais via les temps de réaction : associer "noir + bon" est plus lent que "blanc + bon".

La majorité des tests IAT révèlent un biais pro-blanc anti-noir. Selon Ron Dotsch, psychologue social à l'Université Radboud de Nimègue : "Dès 6 ans, les enfants montrent ces biais implicites aussi forts qu'à l'âge adulte, bien que les expressions explicites diminuent avec l'âge." Même les Noirs présentent souvent une préférence implicite pour le blanc, expliquée par l'intériorisation des stéréotypes sociétaux (Laurie Rudman, Rutgers).

L'IAT prédit mieux les comportements réels que les déclarations conscientes. Dotsch : "Nos expériences en réalité virtuelle montrent que le score IAT sur les noms marocains prédit la distance physique, la sudation et le rythme cardiaque face à un avatar marocain." Des études neuroimaging confirment : l'amygdale (centre de la peur) s'active plus pour les visages noirs chez les individus biaisés.

Un avantage évolutif ?
Dotsch : "Théoriquement, ces biais ont une utilité évolutive : catégoriser rapidement et généraliser protégeait nos ancêtres des dangers. Mais aujourd'hui, ils sont inadaptés, car la variabilité génétique intra-groupe racial dépasse souvent celle inter-groupes. Votre voisin noir peut être génétiquement plus proche de vous que votre voisin blanc."

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