La consommation régulière de cannabis altère la structure du cerveau : elle réduit la matière grise tout en augmentant les connexions neuronales.

Quels effets le cannabis exerce-t-il sur le cerveau ? Pour répondre à cette question, Francesca Filbey, chercheuse à l'Université du Texas à Dallas, et son équipe ont soumis 48 consommateurs réguliers de cannabis à un scanner IRM. Les résultats ont été comparés à ceux de 62 non-consommateurs appariés en âge et en sexe. Les conclusions sont nettes : les consommateurs présentent une réduction de la matière grise, mais une augmentation des connexions dans le cortex orbitofrontal. Cette région est impliquée dans le système de récompense, la motivation et la prise de décision – des fonctions souvent perturbées dans les addictions. De plus, le cortex orbitofrontal est riche en récepteurs cannabinoïdes, sensibles non seulement au THC, principal principe actif du cannabis, mais aussi aux cannabinoïdes endogènes produits par notre organisme.
Ces cannabinoïdes naturels contribuent, entre autres, à l'élagage des connexions neuronales inutiles. Selon les chercheurs, le THC pourrait inhiber ce processus en occupant ces récepteurs, comme rapporté dans leur étude publiée dans la revue PNAS (2020). Résultat : un réseau de connexions accru, bien que certaines ne soient pas nécessairement bénéfiques.
Ce renforcement des connexions pourrait compenser la perte de matière grise dans cette zone cérébrale, estime Filbey. Le cerveau, connu pour sa plasticité, démontre ici sa capacité à s'adapter aux dommages. Même après ajustement pour l'âge, la consommation d'alcool et le tabagisme, les résultats persistent. Cependant, la durée de consommation et l'âge du premier usage influencent ces changements. En somme, le cerveau s'adapte à une consommation prolongée de cannabis, conclut la chercheuse. (lg)