Les couples ont de moins en moins de relations sexuelles. Netflix et le phénomène du binge-watching sont souvent pointés du doigt. Vraiment ?

Si nous continuons ainsi, nous n'aurons plus de relations sexuelles d'ici 2030.
Netflix peut aussi positivement influencer votre relation, à condition de regarder ensemble une série.
Le Rutgers Knowledge Center a publié un rapport sur la santé sexuelle aux Pays-Bas. Plus de 17 000 personnes âgées de 18 à 80 ans ont répondu à un questionnaire couvrant divers aspects de la sexualité. Résultat principal : les couples apprécient le sexe, mais en ont trop peu. En moyenne, seulement trois fois par mois.
Des chercheurs américains ont tiré des conclusions similaires en 2020. Selon David Spiegelhalter, professeur et statisticien à l'université de Cambridge, cette baisse est alarmante. Il prévient que, si la tendance persiste, nous n'aurons plus de relations sexuelles d'ici 2030.
Les opinions divergent sur ce qui constitue une fréquence "suffisante". Qui décide de la quantité idéale pour une vie sexuelle épanouie ? Les causes de cette baisse font l'objet de spéculations. L'étude américaine n'a pas établi de lien clair avec l'augmentation des heures de travail ou la consommation de pornographie. L'âge est un facteur clé : les vingtenaires ont en moyenne 80 rapports par an, contre 20 pour les sexagenaires. Rutgers observe une différence d'âge similaire. De plus, les personnes satisfaites de leur corps et celles consommant régulièrement du porno rapportent plus de relations sexuelles.
Curieusement, peu après la publication du rapport Rutgers, de Volkskrant et De Morgen titraient : "Nous avons moins de sexe à cause de Netflix". Rien de tel dans le rapport Rutgers : aucune mention de "Netflix", "télévision" ou "divertissement". L'étude n'a pas interrogé sur les habitudes télévisuelles, donc impossible d'établir un lien.
Hanneke De Graaf explique dans de Volkskrant que l'abondance de divertissement réduit l'attention mutuelle, car nous nous ennuyons moins. Les chercheurs américains suspectent aussi l'impact des options de divertissement et réseaux sociaux (Netflix inclus). Mais il s'agit d'hypothèses non vérifiées scientifiquement.
Spiegelhalter accuse Netflix et le binge-watching. Face au choix entre la dernière saison de Game of Thrones et un rapport intime, le choix semble évident. Il cite des études : une étude britannique montre que les couples emportent souvent leur smartphone au lit, un tiers répondant même pendant l'acte. Note : cette étude est sponsorisée par Durex. Il mentionne aussi une étude italienne indiquant que les couples avec TV dans la chambre ont moitié moins de sexe – source non localisée.
Une étude de la KU Leuven lie le binge-watching à un sommeil de moindre qualité. Chez les femmes, moins de sommeil rime avec moins de rapports et d'excitation. Indirectement, trop de Netflix peut réduire le sexe, sans preuve directe.
Si Netflix réduit le sexe – vital pour la relation – la conclusion semble évidente : Netflix est néfaste. Vraiment ?
Partager des expériences renforce la connexion et l'intimité. Passions communes, secrets partagés, amis ou famille appréciés : autant de piliers de satisfaction relationnelle.
Une étude de 2016 montre que consommer des médias ensemble (films, livres) prédit une meilleure qualité relationnelle, surtout sans amis communs. La TV crée un "monde social partagé", boostant la satisfaction. Regarder Netflix en couple génère discussions sur les intrigues, émotions partagées (ups and downs). Thèmes récurrents (dépression, infidélité...) peuvent même ouvrir des dialogues profonds.
Les couples avec amis communs ou forte consommation médiatique partagée sont les plus épanouis. Ne bannissez pas Netflix : regardez ensemble, avec modération. L'excès nuit en tout.