Des chercheurs ont identifié une nouvelle mécanisme permettant aux bactéries de survivre aux antibiotiques. Cette découverte pourrait révolutionner la lutte contre les souches résistantes.
Dans un article publié cette semaine dans Science, des chercheurs décrivent un mécanisme novateur de survie des bactéries sous l'effet des antibiotiques. Cette recherche s'annonce cruciale dans la bataille contre la résistance bactérienne.
Il est notoirement difficile d'éradiquer totalement une infection bactérienne avec des antibiotiques : certaines bactéries survivent toujours. Longtemps, les scientifiques ont attribué cette résilience à un sous-groupe de cellules non divisibles préexistantes. Pourtant, Yuichi Wakamoto de l'Université de Tokyo et Neeraj Dhara de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) ont observé un mécanisme de défense radicalement différent chez Mycobacterium smegmatis, un cousin de la bactérie de la tuberculose.
Chez cette bactérie, la survie ne repose pas sur un groupe spécifique de cellules dormantes. Elle dépend plutôt de l'enzyme KatG (catalase-peroxydase), comme le révèle l'étude. Les microbiologistes ont analysé des cellules traitées à l'isoniazide, un médicament activé uniquement par KatG. Toutes les cellules produisent KatG par des « impulsions » aléatoires. La fréquence de ces impulsions détermine le sort de la bactérie : si l'intervalle entre deux impulsions est trop long, le médicament reste inactif, permettant à la bactérie d'échapper à la mort. Ainsi, certaines bactéries franchissent le filet antibiotique. (rvb)