Le biogaz produit à partir des excréments humains pourrait alimenter en électricité 138 millions de familles.

À chaque chasse d'eau, vous générez une ressource précieuse sans le savoir. Des scientifiques canadiens, commissionnés par les Nations Unies, ont démontré que la transformation de nos matières fécales en biogaz pourrait fournir suffisamment d'électricité pour 138 millions de foyers, soit l'équivalent de la population combinée du Brésil, de l'Indonésie et de l'Éthiopie.
Évaluées en valeur gazière, nos selles représentent environ 9,5 milliards de dollars (8,7 milliards d'euros). Les résidus post-fermentation, une fois séchés et carbonisés, équivalent à 2 millions de tonnes de charbon de bois, contribuant ainsi à lutter contre la déforestation.
Une meilleure gestion des excréments offrirait non seulement de l'énergie, mais améliorerait aussi la santé publique mondiale. Selon les Nations Unies, 2,4 milliards de personnes manquent d'assainissement moderne, et près d'un milliard – majoritairement en Inde – pratiquent la défécation à l'air libre.
Les excréments humains regorgent de nutriments : 1 000 litres d'urine contiennent environ 300 g de phosphore, 900 g de potassium et 300 g de soufre. Par an et par personne, nous excrétons 500 g de phosphore et 4,5 kg d'azote. Ces éléments sont déjà recyclés comme engrais en agriculture dans certaines régions, mais leur potentiel énergétique reste sous-exploité. Les Nations Unies œuvrent pour changer cela.
Aquafin, entreprise belge de traitement des eaux, a équipé 17 de ses plus de 200 stations d'épuration d'unités de fermentation produisant du biogaz. « En 2014, elles ont généré 11,5 millions de kWh, couvrant la consommation de 3 300 foyers », précise Jan Verheyen de l'OVAM (Office public flamand des déchets). Le gaz chauffe aussi les eaux usées, optimisant le processus d'épuration. À la station de Louvain, 12 tonnes de phosphore sont récupérées annuellement des boues. (ddc)