Les écologistes surveillent de près les espèces exotiques envahissantes depuis longtemps. Ces plantes venues d'ailleurs colonisent des écosystèmes où elles n'ont pas leur place naturelle.

Ces espèces profitent des conditions climatiques changeantes de notre époque moderne et s'adaptent mieux que la végétation indigène. Elles sont les véritables gagnantes du changement global.
Jusqu'à récemment, les environnements froids comme les régions montagneuses ou polaires étaient épargnés. Le climat rigoureux et l'isolement de ces zones constituaient une barrière insurmontable. Le consensus scientifique était clair : les invasions biologiques se limitaient aux climats tempérés.
Cette époque est révolue. Année après année, les plantes exotiques progressent vers le nord et grimpent en altitude. Elles exploitent les perturbations causées par l'homme, qui altèrent rapidement la nature intacte.
Les montagnes et régions polaires sont de plus en plus impactées : chantiers, routes, sentiers de randonnée... Ces activités éliminent la végétation naturelle, créant des espaces ouverts idéaux pour les invasives.
De surcroît, l'activité humaine enrichit les sols pauvres en nutriments et disperse les graines via pneus de voitures et semelles de chaussures. Ajoutez un climat qui se réchauffe, et la recette du succès des exotiques est complète.
La compétitivité de ces espèces était connue, tout comme le rôle des perturbations, nutriments et graines. Mais pour identifier le facteur dominant et anticiper l'avenir, des expériences étaient nécessaires.
Récemment, une équipe d'écologistes européens et sud-américains a mené une étude dans deux régions subantarctiques : les hauts plateaux scandinaves en Suède et la cordillère des Andes au Chili. Ils ont testé dix espèces exotiques en variant perturbations, nutriments et quantités de graines, au-delà de leurs limites actuelles de répartition.
Les résultats sont surprenants : la perturbation est le facteur clé, quel que soit l'altitude. Les exotiques ne concurrencent les plantes alpines denses et à croissance lente qu'après suppression de cette végétation. Aucune facilitation climatique n'a été observée.
Malgré le climat alpin défavorable et le besoin de nutriments pour se reproduire, ces invasives performent mieux à des altitudes où elles sont rares aujourd'hui. Cela présage des invasions imminentes si routes et sentiers se multiplient.
Avec le réchauffement climatique, les opportunités de colonisation des zones froides augmenteront, modifiant la flore montagnarde. Il est urgent de limiter les perturbations et le changement climatique.
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Cette recherche a été publiée dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) :
Lembrechts et al. (2016). Disturbance is the key predictor of the invasion of mountain environments by plants. PNAS.



