Les Alpes européennes, emblématiques pour leurs sommets enneigés et leurs écosystèmes uniques, comme le Mont-Blanc – la plus haute cime de la chaîne, surnommée la Montagne Blanche –, sont profondément impactées par le changement climatique. Ce phénomène menace leur couverture neigeuse emblématique.
Une étude récente menée par le Spatial Ecology Group de l'Université de Lausanne (Suisse) et publiée dans la revue Science révèle que, sur les 40 dernières années, la perte de neige et l'essor de la végétation ont transformé le paysage alpin de manière visible depuis l'espace.
L'essentiel de la recherche porte sur le "reverdissement" : près de 80 % des zones alpines au-dessus de la limite des arbres affichent une croissance végétale accrue, avec des conséquences graves pour les écosystèmes et un risque d'amplification du réchauffement climatique.
Dirigée par Sabine Rumpf, du département d'écologie et d'évolution de l'Université de Lausanne, l'équipe a analysé des images satellites pour cartographier les changements d'occupation des sols dans l'ensemble des Alpes. Résultat : la neige estivale (juin à septembre) recule plus vite que la neige permanente, avec une diminution significative dans 10 % de la zone étudiée.
Deux méthodes ont été employées : mesure de la durée de présence de la neige estivale et détection simple de la neige annuelle. "La perte de neige permanente signale un franchissement de seuil vers un nouveau type de couverture terrestre", explique Adrienne Marshall, hydrologue à la Colorado School of Mines. Les zones perdant leur neige annuelle voient aussi leur saison estivale plus courte, bien que le verdissement ne coïncide qu'avec une fraction de ces changements.
Bien que limitée à 10 %, cette perte est un indicateur majeur du réchauffement. Les glaciers et la fonte des neiges fournissent la moitié de l'eau douce mondiale ; leur recul allonge les saisons de croissance végétale mais réduit l'approvisionnement en eau des plantes, aggravé par les sécheresses croissantes.
Les experts prévoient une perte de 25 % de la masse neigeuse alpine d'ici 10 à 30 ans. Parallèlement, le verdissement touche désormais 77 % des zones (contre 56 % en 2021), boosté par des précipitations modifiées et des saisons prolongées.
"L'ampleur du changement est massive dans les Alpes", déclare Sabine Rumpf dans un communiqué.
Malgré un potentiel de séquestration de CO2, les chercheurs estiment que les effets négatifs dominent.
"La productivité végétale accrue n'aura qu'un impact limité sur le bilan carbone global, contrairement aux zones tropicales", note Adrienne Marshall. En revanche, plus de plantes altèrent les modèles neigeux, accélèrent la fonte et réduisent l'albédo – la réflexion solaire par la neige blanche –, créant une boucle de rétroaction qui accélère le réchauffement, la fonte glaciaire et la perte d'habitats.
Positivement, ces travaux éclairent les impacts climatiques sur la neige et les écosystèmes. "Ils offrent un aperçu régional des interactions neige-végétation et des rétroactions potentielles", souligne Marshall. "Comparer ces changements mondiaux affine notre compréhension."
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