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Les micro-organismes essentiels à un sol sain menacés par le changement climatique

De nombreux impacts du changement climatique sur les humains, la faune et les plantes sont bien documentés : températures plus élevées, phénomènes météorologiques extrêmes, insécurité alimentaire, perte d'habitats et déclin d'espèces. Pourtant, les effets sur les micro-organismes – ces êtres vivants invisibles à l'œil nu – méritent une attention accrue.

Premières formes de vie sur Terre, les micro-organismes jouent un rôle clé dans la décomposition de la matière organique, le recyclage des nutriments, l'agrégation des sols et la lutte contre les pathogènes. Leur diversité maintient un écosystème mondial stable. Toute altération pourrait compromettre la résilience des autres organismes face au climat.

Une étude publiée ce mois-ci dans Nature Microbiology révèle que le réchauffement climatique à long terme diminue la biodiversité microbienne des sols de prairies. Sur sept ans, les chercheurs ont simulé réchauffement, variations des précipitations et suppression de biomasse, observant une chute de la richesse en bactéries, champignons et protistes.

La diversité microbienne est vitale pour la santé des sols, soutenant la productivité biologique et la santé des plantes et animaux. Sa perte entraîne un déclin fonctionnel, réduisant les rendements agricoles, aggravant les dégâts environnementaux et affaiblissant la résistance aux pathogènes, explique Martin J. Blaser, titulaire de la chaire Henry Rutgers du microbiome humain à l'Université Rutgers (non impliqué dans l'étude).

Pour nourrir une population croissante, les agriculteurs dépendent de sols sains. Via une diversité microbienne amoindrie, le changement climatique menace non seulement les cultures, mais aussi leur valeur nutritionnelle, ajoute Blaser. Les microbes favorisent l'absorption des minéraux essentiels.

Plus de deux milliards de personnes souffrent de carences en micronutriments, liées à des sols appauvris et provoquant maladies cardiovasculaires, malformations congénitales ou troubles mentaux. En Chine, en 2007, 40 % des terres manquaient de fer et de zinc, affectant les enfants.

"Le bien-être humain dépend directement des microbes", souligne Jay T. Lennon, professeur de biologie à l'Université de l'Indiana (non impliqué). Ils dégradent les contaminants, purifient l'eau et assurent la fertilité des sols pour une planète en expansion.

Les microbes réduisent les contaminants dans les cultures, protégeant contre Salmonella ou E. coli issus de fumiers non compostés. Des températures élevées affaiblissent les défenses des plantes. La diversité microbienne supprime les pathogènes via des interactions souterraines complexes.

"Les scientifiques craignent que le changement climatique n'altère la distribution de maladies comme le choléra ou n'en émerge de nouvelles", note Lennon. Les relations hôte-symbiote pourraient être bouleversées.

Protéger toute la biodiversité est crucial pour la stabilité écologique. Le climat épuise la biodiversité, qui à son tour accélère le réchauffement en affaiblissant la séquestration des GES et la résistance aux extrêmes.

Invisibles, les microbes sont sous-estimés. Leur étude doit égaler celle des plantes et animaux pour inspirer des politiques. Protéger la faune et la flore préserve aussi leurs microbiotes.

"Conserver plantes et animaux maintient leur microbiote", dit Lennon. Un article récent sur la "restauration acoustique" illustre ces synergies.

Blaser pointe aussi engrais, pesticides et monocultures. Réduire les pesticides et diversifier les cultures protègera la diversité. Combattre le climat exige de considérer ces alliés invisibles.

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