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Pourquoi la fatigue nous pousse-t-elle irrésistiblement vers la malbouffe ?

Dormir et manger sont intimement liés. Découvrez le cercle vicieux entre alimentation déséquilibrée et fatigue.

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Les enquêtes épidémiologiques montrent que les insomniaques chroniques consomment généralement moins de protéines, de fruits et légumes, mais plus de sucres ajoutés. Ces études révèlent des corrélations, sans prouver la causalité : la malbouffe cause-t-elle l'insomnie, ou l'inverse ?

Marie-Pierre St-Onge, professeure adjointe de médecine nutritionnelle à l'université Columbia (New York) et directrice de son centre du sommeil, explore ce lien. Dans un essai clinique randomisé publié en 2016 dans le Journal of Clinical Sleep Medicine, elle a suivi 26 adultes en bonne santé pendant quatre jours. Résultat : une alimentation riche en graisses saturées et pauvre en fibres (légumes, fruits, grains entiers) réduit le sommeil profond à ondes lentes, le plus réparateur.

Elle s'est aussi penchée sur les glucides. Une consommation élevée de sucres et de glucides simples (pain blanc, pâtisseries, pâtes) multiplie les réveils nocturnes. À l'inverse, les glucides complexes et les fibres favorisent un sommeil profond. « Les glucides complexes stabilisent la glycémie, ce qui pourrait expliquer ce lien », précise-t-elle.

Le rapport est bidirectionnel : un sommeil insuffisant modifie la physiologie, rendant la malbouffe plus tentante. Chez des adultes privés de sommeil (4-5 heures/nuit), l'apport calorique augmente, avec plus de grignotages et d'envies sucrées.

Chez les hommes, la privation stimule la ghréline (hormone de la faim) ; chez les femmes, elle diminue la GLP-1 (hormone de satiété). « Le manque de sommeil accroît l'appétit des hommes et affaiblit le signal de stop chez les femmes », résume St-Onge.

Le cerveau est aussi affecté : après cinq nuits de 4 heures de sommeil, le système de récompense réagit plus fortement à la pizza, aux beignets ou bonbons qu'aux aliments sains (carottes, yaourt, gruau, fruits). Ce biais disparaît après un sommeil normal.

Une étude du King’s College de Londres (2018) confirme : prolonger le sommeil d'une heure par nuit améliore l'alimentation, réduisant les sucres ajoutés de 10 g/jour.

« Pour une santé optimale, rien ne vaut une bonne alimentation et un bon sommeil. Ils se renforcent mutuellement », conclut le Dr Susan Redline, professeure de médecine du sommeil à Harvard.

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Adapté du New York Times (10 décembre 2020) © New York Times Company

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