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Sport en ville : fou ou bénéfique pour la santé ? Pollution et risques analysés

Les sportifs urbains sont particulièrement exposés à la pollution de l'air, avec ses risques avérés pour la santé : maladies cardiaques et pulmonaires, AVC et cancers. Oserez-vous encore pratiquer en ville ?

"Pour un exercice sain à Anvers, préférez l'intérieur", alertait cet automne le médecin du sport Chris Goossens lors d'une conférence de presse d'Ademloos et stRaten-generaal, deux associations luttant pour une meilleure qualité de l'air. La même semaine, le Britannique Jonathan Grigg tirait la sonnette d'alarme à Amsterdam. Une étude sur cinq cyclistes londoniens a révélé qu'ils inhalaient beaucoup plus de particules de suie que les piétons passifs, augmentant le risque d'infarctus. Ajoutez le danger des accidents mortels, et le vélo citadin semble déconseillé.

Cependant, cette vision est unilatérale. La majorité des études montrent que remplacer la voiture par le vélo pour les trajets courts apporte un bénéfice net pour la santé. Les avantages de l'exercice l'emportent sur les risques liés aux particules et accidents. En Flandre et aux Pays-Bas, leaders européens de la pollution, le vélo améliore même la qualité de l'air. "Être sur la route expose le plus", note Luc Int Panis, expert en exposition individuelle à la pollution au VITO. Une étude sur des couples confirme : les actifs extérieurs absorbent une dose bien supérieure, même près des routes passantes. Les 6 % de temps passé en déplacement représentent jusqu'à un tiers de l'exposition quotidienne.

Vélos-aspirateurs

Depuis quatre ans, le VITO mesure la qualité de l'air sur pistes cyclables urbaines et rurales via un vélo équipé. "Nous évaluons simultanément particules fines/ultrafines et débit respiratoire. Les cyclistes inhalent quatre fois plus d'air pollué que les automobilistes sur le même trajet, augmentant leur dose malgré des concentrations similaires", explique Luc Int Panis. Les méthodes classiques, focalisées sur les concentrations, sous-estiment cela. Les cyclistes slalomant entre voitures approchent les sources. "Les ultrafines, pénétrant poumons et sang, culminent à l'échappement", ajoute Martine Van Poppel (VITO). À 100 m, elles chutent de 70 %.

Variations locales notables : un camion génère 300 000 ultrafines/cm³, un cyclomoteur 2-temps jusqu'à 350 000. Évitez leur sillage ! Pics aussi aux feux et tunneliers.

Effets dans le sang

Pour évaluer l'impact corporel, volontaires ont pédalé 20 min sur piste polluée (ring d'Anvers : 28 867 ultrafines/cm³) vs labo pur (496/cm³, niveau alpin). Plus de neutrophiles (globules anti-infection) après ring, signe d'inflammation pulmonaire. NO expiré (marqueur inflammatoire) altéré. "Réaction de panique aux intrus, mais toxique en excès", précise Int Panis. Différences minimes entre route calme et intense.

BDNF (neurostimulant, boost mémoire via exercice) absent près du trafic dense, contrairement au labo. "Sport rend-il intelligent en pollution ? Premiers indices chez rats exposés", note-t-il. Résultats similaires chez coureurs Campine vs VUB (rues animées).

Ultrafines entrent dans le sang, boostant plaquettes et coagulation : risque thrombose/infarctus accru. Pollution, effort et trafic : trio déclencheur d'infarctus (UHasselt, UCL, Bâle). "Pour fragiles (artériosclérose), dangereux ; exercice régulier protège", dixit Tim Nawrot (UHasselt).

Ozone (été) irrite voies respiratoires, favorise asthme chez sensibles/enfants. Moins problématique en ville : formé par soleil+polluants, consommé par NOx trafic.

CO lie hémoglobine (250x O2), réduisant oxygénation. Étude NYC : course 30 min passe COHb de 1,7 à 5,1 % (niveau fumeur).

Bilan net positif

Malgré risques, vélo remplace avantageusement voiture : protège vs maladies pollution-induites. Privilégiez loin des axes denses. Utrecht 2010 : 500 000 Néerlandais vélosant 7,5 km/j gagne 3-14 mois vie ; pollution/accidents soustraient 0,8-40/5-9 jours. Société : moins pollution trafic.

Gilet fluo ou masque ?

Plus vélos = moins accidents (étude Barcelone). Paris : 160 000 trajets/j, 5,3 morts/an ; Amsterdam 570 000, 7 morts. Cohabitation apprise. VITO : 1 187 cyclistes/an, coût moyen accident 841 € (0,125 €/km). Sécurité prioritaire pour novices.

Pour "nouveaux" cyclistes fit, risques > gains vs sédentaires boostés.

Cyclistes acteurs

Choisir itinéraires propres (limité ville). Besoin villes cyclables : pistes protégées, zones LEZ (Berlin : -3 % PM, -25 % suie, -12 % NO2). Vélos partagés (Anvers/Bruxelles) contagieux (UCL).

Éloignez sportifs (parcs/stades) des axes. Oxford St vs Hyde Park : asthmatiques pire en rue (FEV1 ↓, neutrophiles ↑). Végétation aide peu ; distance trafic clé. Arbres rues piègent polluants sous feuillage, mais "problème = émissions, pas arbres" (RIVM 2011).


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