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Chocolat « médicinal » : une avancée scientifique ou un simple marketing ?

Le chocolat serait si bénéfique qu'il pourrait être considéré comme un médicament. C'est en tout cas ce qu'affirme Kuka Xoco, une entreprise basée à Boston aux États-Unis.

Chocolat « médicinal » : une avancée scientifique ou un simple marketing ?

Amateurs de chocolat, bonne nouvelle ! Des chercheurs auraient développé un chocolat « médicinal ». Selon Kuka Xoco, ce produit est si sain qu'il mérite le statut de médicament.

D'où vient cette annonce ?

Gregory Aharonian, directeur scientifique de l'entreprise, a présenté ce « nouveau » chocolat au World Chocolate Forum. Kuka Xoco vante une teneur en cacao de 85 %, avec seulement 35 % de matières grasses et zéro sucre ajouté. Pour contrer l'amertume du cacao, l'entreprise utilise un extrait végétal des Andes plutôt que du sucre ou des graisses. En réduisant ces ingrédients « nocifs », les effets bénéfiques du chocolat – riches en antioxydants et minéraux – seraient maximisés.

Que faut-il en penser ?

Pour évaluer cette nouveauté, examinons les bienfaits avérés du chocolat et les différences avec les produits existants.

La consommation de chocolat est associée à un risque réduit de cancers et de maladies cardiovasculaires, grâce aux flavanols, des antioxydants qui protègent les tissus. Leur concentration dépend du pourcentage de cacao et du procédé de fabrication. Les chocolats extra-amers, à fort taux de cacao et issus de fèves crues, en sont les plus riches. Une partie des flavanols peut être perdue lors de la transformation.

Les preuves restent nuancées, mais en 2012, l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a validé une allégation : plus de 200 mg de flavanols de cacao par jour améliorent l'élasticité des vaisseaux sanguins. Cela équivaut à 10 g de chocolat extra-amer, 10 g de chocolat à base de cacao cru ou 2,5 g de poudre de cacao cru.

Les ingrédients du chocolat « médicinal » : pâte de cacao (85 %), beurre de cacao (15 %), sel, vanille, glucose, stévia et extrait de thé de coca. La pâte et le beurre de cacao sont standards. Le taux de cacao est élevé, mais comparable aux extra-amers du marché. Les 35 % de matières grasses le sont aussi.

Du sucre (sous forme de glucose) et de la vanille améliorent le goût. La stévia remplace le sucre classique, une pratique courante en Belgique où existent déjà des chocolats à édulcorants. Une portion de 10 g n'apporte que 3 g de sucre.

Pour atténuer l'amertume et améliorer la couleur, un extrait de coca des Andes est ajouté. Or, le commerce des feuilles de coca est réglementé (sauf pour la boisson Coca-Cola ou usages médicaux). En Belgique, l'utilisation de la plante ou de ses extraits dans les aliments est interdite.

Conclusion

Ce chocolat « médicinal » n'apporte rien de plus que les extra-amers existants. Sa commercialisation en Belgique est improbable en raison de l'extrait de coca.

Références

(1) https://www.foodworldnews.com/articles/41558/20151003/chocolates-can-be-medicine-too.htm

(2) https://www.voedingscentrum.nl/encyclopedie/chocolade.aspx

(3) Arranz, S. et al. (2013). Effets cardioprotecteurs du cacao : preuves cliniques issues d'essais randomisés. Mol. Nutr. Food Res., 57, 936–947.

(4) EFSA (2012). Avis sur les flavanols de cacao et la vasodilatation endothéliale (Règlement 1924/2006).

(5) https://kukaxoco.org/

(6) https://www.unodc.org/pdf/convention_1961_en.pdf

(7) Arrêté royal du 29 août 1997 relatif aux denrées alimentaires contenant des plantes (M.B. 21.11.1997)


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