Photo : Lors de l’épidémie de grippe espagnole, le port du masque était obligatoire dans de nombreux pays.
Mon grand-père (1885-1971), du côté de ma mère, était un excellent conteur. Enfant, j’ai découvert à travers ses récits le chaos semé par la Première Guerre mondiale dans son village natal d’Herdersem, près d’Alost. Il évoquait sa lune de miel avec Maria au front de l’Yser en 1919, et surtout, avec une profonde inquiétude, la grippe espagnole de cette même année ainsi que la tuberculose, deux fléaux qui ont décimé des familles entières dans sa communauté. « C’était comme un effet domino : une fois un membre de la famille infecté, les autres tombaient les uns après les autres. »
Il venait de devenir père de ma tante aînée lorsqu’il fut lui-même atteint d’une pleurésie – un « double fleuris » dans le langage local – et guérit miraculeusement. Sans cela, je ne serais pas là aujourd’hui.
Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les infections constituaient la principale cause de mortalité dans l’histoire humaine. En 1920, par exemple, 6 000 Flamands succombaient à la tuberculose. La prospérité postérieure, alliée aux vaccins et antibiotiques, a sauvé des dizaines de millions de vies.
Pendant mes années d’études, on pensait les infections largement maîtrisées. J’ai assisté, par coïncidence dans ma rue, à la fermeture du dernier dispensaire antituberculeux d’Alost. Les lits d’hôpitaux pour infections ont diminué. En 1980, la variole – responsable de 400 millions de morts depuis la fin du XVIIIe siècle – était déclarée éradiquée. Un triomphe historique.
Un an plus tard, j’obtenais mon diplôme de médecin.
Presque au moment de ma graduation, émergeait une maladie mystérieuse causée par le VIH. Ce virus, passé des chimpanzés aux humains dans les forêts congolaises, resta longtemps caché avant d’atteindre les pays riches via la prostitution, les routes camionneurs et l’aviation, provoquant une pandémie. Le sida a tué 32 millions de personnes à ce jour.
La mondialisation et le réchauffement climatique élargissent considérablement la liste des maladies infectieuses dans notre région.
Après 40 ans, aucun vaccin n’existe encore. Des inhibiteurs efficaces permettent toutefois une vie quasi normale aux patients. Le sida nous a révélé que les infections majeures ne frappent pas que les pays pauvres ; elles touchent aussi le Nord riche.
Depuis mon diplôme, de nouvelles maladies infectieuses émergent dans nos régions, favorisées par la mondialisation des transports et le réchauffement climatique, qui migrent les pathogènes du Sud vers le Nord. Les moustiques exotiques, adaptés aux climats subtropicaux, transmettent désormais des virus tropicaux.
Des cas de dengue et chikungunya ont été détectés en France et Italie, dus à l’arrivée en Europe de l’Aedes aegypti (moustique de la fièvre jaune) et de l’Aedes albopictus (moustique tigre), vecteurs de dengue, chikungunya et Zika. Ce dernier a infecté des millions en Amérique latine en 2016, causant malformations crâniennes et retards mentaux chez des nouveau-nés de mères infectées.
Le moustique tigre progresse en Europe à 100 km/an. Il est présent en Belgique, sans encore causer d’épidémies. Les virus tropicaux comme la dengue arrivent souvent via des voyageurs infectés.

Les infections n’ont jamais disparu, même en Belgique. En 2017, plus de 3 000 Flamands mouraient de grippe et pneumonie – première cause de décès après cancer, infarctus et AVC. Principalement chez les plus de 80 ans, mais 90 victimes avaient moins de 65 ans et 10 moins de 30.
Aujourd’hui, un décès sur quatre dans le monde est dû à une infection (paludisme, tuberculose, sida, pulmonaires/intestinales). 75 % des nouvelles maladies zoonotiques (grippe, sida, Ebola, corona) passent des animaux à l’homme, mutent puis se propagent humainement.
Il y a certainement des moustiques tigres en Belgique.
Le risque zoonotique croît avec la proximité humains-animaux. Sur les « marchés humides » chinois, animaux sauvages vivants (chauves-souris, chats, serpents) sont abattus sur place, mélangeant sang et chairs, favorisant mutations virales.
Plus d’un million de virus existent en nature ; au plus 3 000 connus. Certains virus symbiotiques animaux peuvent devenir des « armes de destruction massive » pour l’homme, surtout les ARN comme corona et grippe, qui mutent vite. L’élevage intensif et transports mondiaux accélèrent cela.
Le Covid-19 est une pandémie. Ma fille Nola, 29 ans, m’interroge : risque d’une autre en 65 ans ? « 100 % », réponds-je. J’en ai vécu quatre : trois grippes (asiatique 1957 : 1,5 M morts ; Hong Kong 1968 : 1 M ; mexicaine 2009 : 250 000) et corona (376 000 morts début juin).
Deux zoonoses récentes n’ont pas pandémisé : SRAS (2002-2003, 774 morts) et MERS (2012, 640 morts), des coronaviruses de chauves-souris via marchés chinois.
Le comportement humain déclenche ces épidémies. Exemple grippe : virus aviaire d’oiseaux sauvages en Asie du Sud-Est passe à volailles, porcs, humains ; propagation humaine = pandémie.
Toute pandémie naît d’un nouveau virus émergent, qui s’affaiblit ensuite par mutations annuelles (d’où vaccins grippaux annuels). Origine Covid-19 incertaine : officiellement marché Wuhan (chauve-souris-pangolin), mais études (The Lancet) montrent premiers patients non liés. Théories labo virologie Wuhan réfutées par scientifiques.
Contrairement à la grippe, population sans anticorps anti-corona : mortalité plus élevée (1,4 % symptômes selon Lancet ; 1/300 <60 ans ; 1/16 >60). SRAS 12 %, MERS 35 %. Grippe porcine 2009 : 1/500 >60 ans.
Covid-19 entre via récepteur ACE-2 (régulation tension). Variations génétiques ACE-2 influencent susceptibilité ; biobanques recherchent cela.

Monde prêt pour Covid-19 ? BMJ : « outrageusement non », par orgueil et manque solidarité UE. Prévention : limiter contacts humains-animaux sauvages, lutter climat.
Volonté politique rare en calme pour investir pandémies. Surveillance rapide, vaccins/inhibiteurs en amont essentiels. Bill Gates (40 Md$ fondation) : vaccins trop lents pour inconnus.
CEPI (2017 Davos) développe vaccins « Maladie X » : ARNm pour production endogène protéines/ant corps en 4 mois.
On estime qu’il existe plus d’un million de virus dans la nature. Au plus trois mille d’entre eux sont connus.
Soignants, héros corona, applaudis malgré pénuries (masques, protections). Chaos en centres : formation/test manquants. Politique décide, santé souffre.
Dans La Peste de Camus (1940), Oran minimise puis subit. Isolement, résignation, puis fin et fête. Idem post-Covid : liesse jusqu’à la prochaine.