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Stimulation cérébrale profonde : un espoir pour la dépression sévère ?

La stimulation cérébrale profonde redonne le goût de vivre aux patients atteints de dépression sévère. Cette thérapie expérimentale, bien que prometteuse, ne garantit pas encore une guérison à 100 %.

Stimulation cérébrale profonde : un espoir pour la dépression sévère ?

La stimulation cérébrale profonde redonne la joie de vivre aux patients souffrant de dépression sévère. Elle consiste à implanter des électrodes dans une région spécifique du cerveau lors d'une opération chirurgicale. Une batterie placée sous la clavicule fournit une stimulation électrique continue, augmentant l'activité neuronale locale. Ce traitement est déjà utilisé avec succès pour la maladie de Parkinson, l'épilepsie et les troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Des études récentes, synthétisées dans un article de Science, suggèrent son potentiel pour la dépression résistante.

Les traitements standards comme la psychothérapie ou les antidépresseurs, qui augmentent les niveaux de sérotonine et de noradrénaline, ne fonctionnent pas pour tous les patients. De plus, les antidépresseurs peuvent entraîner des effets secondaires graves, notamment un risque suicidaire accru en début de traitement.

Communication neuronale perturbée

La dépression ne se résume pas à un simple déséquilibre chimique. Elle peut résulter d'un dysfonctionnement des circuits cérébraux. La stimulation cérébrale profonde (SCP) vise à restaurer cette communication altérée.

Depuis 2003, plus de 200 patients déprimés ont participé à des essais cliniques de SCP. Plus d'un tiers ont connu une amélioration significative, un autre tiers des progrès modérés, tandis que le reste n'a pas réagi.

Les scanners cérébraux révèlent des anomalies d'activité chez les déprimés, comme l'explique le psychiatre Ronald Durman de l'école de médecine de l'université de Yale dans Science. "D'autres études montrent une réduction du volume cérébral dans les zones émotionnelles clés. Le modèle du déséquilibre chimique est trop simpliste." La SCP pourrait "réinitialiser" ces schémas anormaux, à l'image d'un redémarrage informatique.

Le rôle de la zone 25

La "zone cérébrale 25", sous le corps calleux, est une cible prometteuse selon Helen Mayberg de l'université Emory à Atlanta, experte en SCP pour la dépression. Des scintigraphies montrent une hyperactivité dans cette région chez les patients résistants aux antidépresseurs comme le Prozac, et chez les personnes saines évoquant des souvenirs tristes.

D'autres zones candidates incluent le noyau accumbens (plaisir), l'habenula latérale et le pédoncule thalamique inférieur, déjà testées expérimentalement.

Des essais cliniques contrôlés par placebo sont en cours : la moitié des patients ont les électrodes activées immédiatement, l'autre non. "Tous les regards sont tournés vers ces études", note Wayne Drevets de Janssen Pharmaceutica dans Science.

Des résultats mitigés et perspectives

Une étude placebo sur le striatum ventral n'a montré aucune différence après 16 semaines, mais la cible et la durée pourraient expliquer cet échec. "Il faut mieux cartographier les circuits cérébraux avant une utilisation à grande échelle", insiste Eric Nestler du Mount Sinai Hospital.

Ses travaux sur des souris déprimées par stress, utilisant l'optogénétique, identifient des cellules glutamatergiques reliant le cortex préfrontal au noyau accumbens comme cruciales. Stimulées par lumière, elles restaurent l'intérêt pour la vie chez les rongeurs.

Stimulation cérébrale profonde : un espoir pour la dépression sévère ?
Source : Science

Un cerveau sensible et complexe

Ces découvertes soulignent la finesse des circuits cérébraux. À terme, une SCP plus ciblée, voire non invasive (stimulation transcrânienne ou médicaments spécifiques), pourrait émerger.

À suivre de près...

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