Nous sommes souvent encore plus convaincus d'avoir raison lorsque les preuves contraires s'accumulent.

Avez-vous déjà remarqué que les gens changent rarement d'avis face à des faits contredisant leurs croyances profondes ? Au contraire, ces preuves semblent souvent les conforter dans leur erreur.
Les créationnistes rejettent les preuves de l'évolution, comme les fossiles et l'ADN, par crainte d'une érosion de leur foi par des influences séculières. Les antivax se méfient de l'industrie pharmaceutique, qu'ils accusent de privilégier le profit au détriment de la santé, et persistent à croire que les vaccins causent l'autisme, malgré la rétractation de l'unique étude suggérant ce lien et les accusations de fraude contre son auteur principal.
Les partisans des théories du complot sur le 11 septembre scrutent le point de fusion de l'acier des tours du World Trade Center, convaincus que le gouvernement orchestre une opération sous faux drapeau pour imposer un Nouvel Ordre Mondial. Les sceptiques du changement climatique analysent cernes d'arbres, carottes de glace et niveaux de gaz à effet de serre, motivés par la défense d'un marché libre face aux réglementations gouvernementales. Les opposants à Barack Obama ont disséqué son acte de naissance à la recherche de fraudes, le voyant comme un socialiste destructeur.
Dans ces cas, les faits menacent la vision du monde des individus, les transformant en "ennemis". Ce phénomène résulte de deux mécanismes psychologiques : la dissonance cognitive et l'effet de retour de flamme. Dans leur ouvrage de 1956 When Prophecy Fails, le psychologue Leon Festinger et ses collaborateurs relatent l'histoire d'un culte OVNI déçu par l'absence du vaisseau-mère. Au lieu d'abandonner leurs croyances, les membres ont intensifié leurs efforts de prosélytisme. Festinger nomme cela dissonance cognitive : la tension provoquée par deux idées contradictoires.
Carol Tavris et Elliott Aronson, dans Les erreurs ont été faites (mais pas par moi) (2007), compilent des milliers d'études montrant comment les individus tordent les faits pour coller à leurs préjugés et réduire cette dissonance. Leur métaphore de la "pyramide des choix" illustre comment deux personnes partant d'un point commun divergent vers des extrêmes opposés.
Brendan Nyhan (Dartmouth College) et Jason Reifler (Université d'Exeter) ont identifié l'effet de retour de flamme : les corrections factuelles renforcent les erreurs chez ceux dont l'identité ou la vision du monde est menacée. Dans leurs expériences, des faux articles propageaient des idées fausses, comme la présence d'armes de destruction massive (ADM) en Irak. Une correction faisait rejeter l'article initial par les anti-guerre, mais les partisans de la guerre s'y accrochaient davantage, interprétant la réfutation comme une preuve que Saddam avait caché les armes.
Si les faits aggravent les divisions, comment faire évoluer les convictions ?
1. Restez calme et maîtrisez vos émotions.
2. Dialoguez sans attaquer.
3. Écoutez activement et reformulez la position adverse.
4. Montrez du respect.
5. Reconnaître les raisons légitimes de cette opinion.
6. Montrez que corriger des faits n'implique pas un chamboulement total de la vision du monde.
Ces approches ne garantissent pas un changement, mais atténuent les clivages inutiles.
Traduction : Marc Lebailly
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