FRFAM.COM >> Science >> Santé

Cerveau divisé : une seule conscience malgré la séparation des hémisphères

Les personnes dont la communication entre les hémisphères cérébraux gauche et droit est interrompue possèdent en réalité deux cerveaux indépendants cherchant à contrôler le même corps. Que se passe-t-il dans ce cas ?

Les patients atteints de cerveau divisé le doivent à une intervention chirurgicale contre une épilepsie sévère.

La conscience humaine reste entourée de mystères. Qu'est-ce exactement ? Réside-t-elle dans le cerveau ? Des chercheurs de l'Université d'Amsterdam remettent en question l'idée que la conscience émerge d'une communication étendue entre toutes les zones cérébrales. C'est pourquoi de nombreuses études se concentrent sur les patients à cerveau divisé et les leçons qu'ils nous enseignent.

La section du corps calleux, qui relie les hémisphères gauche et droit, empêche leur communication. Cette opération, réalisée pour traiter une épilepsie sévère – où les crises débutent dans un hémisphère –, atténue leur intensité.

Après l'intervention, les patients se sentent normaux et paraissent inchangés extérieurement. « C'est pourtant fascinant », explique Yair Pinto, auteur principal de l'étude. « Normalement, le cerveau orchestre nos actions comme une entité unique. L'odeur du café déclenche un désir coordonné du corps entier. Mais si l'on sectionne le corps calleux, deux cerveaux indépendants entrent en compétition pour le contrôle. Qu'advient-il alors ? »

Des expériences passées suggéraient une conscience divisée : deux cerveaux contrôlant un seul corps. Les informations du champ visuel gauche (perçues par l'œil droit) sont traitées par l'hémisphère droit, et vice versa pour le champ droit et l'hémisphère gauche. L'hémisphère gauche commande le côté droit du corps, le droit commande le gauche.

Si un téléphone apparaît à gauche, l'hémisphère droit le traite. Chez les personnes normales, les hémisphères échangent ces informations. Chez les patients à cerveau divisé, elles restent confinées à droite. Or, le centre du langage se situe généralement à gauche : le patient nie avoir vu quoi que ce soit. Pourtant, avec les yeux fermés et un stylo dans la main gauche, il dessine le téléphone.

Ces observations ont popularisé l'idée d'une conscience scindée, « comme deux poupées pilotant le corps », selon Pinto. Comment notre cerveau crée-t-il alors une unité chez les individus normaux, malgré ses parties « séparées » ?

La communication inter-hémisphérique semblait clé. En 1981, Roger Sperry a reçu le Nobel pour ses travaux sur ces patients, intégrés dans tous les manuels de conscience.

Aujourd'hui, cette vision est nuancée. Pinto a analysé la littérature : comment ces patients agissent-ils normalement avec une prétendue double conscience ? Les données manquaient souvent pour conclure.

Les cas de « contrôle double » étaient surmédiatisés, mais les exceptions ignorées, comme la fréquence des échecs verbaux pour le champ gauche ou les incohérences motrices.

Pinto a étudié deux patients italiens à corps calleux sectionné. Contrairement aux expériences classiques, ils décrivaient verbalement et dessinaient avec les deux mains les images des champs gauche et droit, agissant comme une entité unie.

Cependant, ils peinaient à comparer des images des deux côtés : « Comme un film désynchronisé, où son et image ne fusionnent pas », illustre Pinto. Cela approfondit le mystère : la communication n'est pas si cruciale pour l'unité consciente.

Comment des infos non linguistiques sont-elles verbalisées ? « Bonne question », répond Pinto. Sans IRMf, des voies sous-corticales ou un contrôle bilatéral du corps sont possibles. D'autres études sont nécessaires.

Les premières recherches datent des années 1940 ; les opérations sont rares aujourd'hui. Les agénésies congénitales s'adaptent trop bien. Pinto est l'un des rares à étudier ces patients : « Ils sont précieux pour percer l'unité de notre conscience. »

Double conscience ?

Film désynchronisé

[]