Une histoire captivante sur la meilleure façon de soutenir les personnes que vous aimez.
Ce qui nous distingue le plus des autres mammifères, ce sont nos compétences sociales exceptionnelles. Nous nous organisons en vastes sociétés régies par une multitude de codes de conduite implicites et explicites. Le grand atout d'une société réside dans sa force collective, supérieure à la somme de ses individus. En cas de difficulté personnelle, le soutien des autres renforce non seulement l'individu, mais aussi le groupe tout entier. Ainsi, l'accès au soutien social constitue un pilier essentiel d'une société épanouie.
Le soutien se manifeste sous diverses formes, comme l'illustre cet exemple : imaginez-vous en train de skier avec des amis et vous cassez la jambe. Un membre du groupe vous indique l'hôpital le plus proche et gère les démarches d'assurance – c'est un soutien informationnel. À l'hôpital, le médecin pose un plâtre – un soutien instrumental. Enfin, votre meilleur ami vous écoute exprimer votre déception face à la fin prématurée des vacances – un soutien émotionnel. Le soutien peut être concret ou invisible. Il est précieux non seulement pour une fracture, mais aussi face à un choc émotionnel, une maladie chronique ou pour porter des courses lourdes.
Malgré son omniprésence et son importance, le soutien n'est pas toujours bénéfique sans réserve. Des études montrent qu'il peut générer des plaintes psychologiques, voire physiques. Bien que bien intentionné, il met parfois en lumière les faiblesses du bénéficiaire, érodant sa confiance en soi et son sentiment de compétence. Il peut aussi créer un sentiment de surprotection, limitant l'autonomie. Or, le sentiment de compétence et d'indépendance sont des besoins psychologiques fondamentaux. Le soutien social révèle ainsi un véritable paradoxe : indispensable d'un côté, potentiellement néfaste de l'autre pour le bien-être du receveur.
Que faire face à ce paradoxe ? Arrêter d'aider les proches ? Ignorer les effets négatifs ? Ni l'un ni l'autre. Le soutien reste vital, mais sous certaines conditions pour éviter les pièges. D'abord, offrez exactement le soutien nécessaire, ni plus ni moins. Une jambe cassée justifie un plâtre ; un deuil, une écoute attentive ; un piéton perdu, des indications claires. En revanche, si non sollicité, abstenez-vous. Ensuite, la science confirme que donner du soutien booste le bien-être du donneur. Permettez donc au bénéficiaire de rendre la pareille : cela renforce sa compétence et son sentiment d'appartenance, un autre besoin clé. Enfin, impliquez-vous émotionnellement : comprenez le problème de l'autre pour un soutien authentique et mutuellement bénéfique.
En résumé, pour une société et ses membres, l'essentiel est de recourir au soutien quand nécessaire. Sinon, il profite surtout au donneur. Avant d'aider, demandez-vous si c'est vraiment utile à l'autre, et préservez son autonomie et sa compétence.
Cet article est rédigé par Koen Raymaekers, doctorant à la KU Leuven. Il paraîtra également sur opgrownblog.wordpress.com.
Pour approfondir, consultez ces études scientifiques :
Morelli, S.A., Lee, I.A., Arnn, M.E. & Zaki, J. (2015). La fourniture de soutien émotionnel et instrumental interagit pour prédire le bien-être. Emotion, 15(4), 484-493.
Wolff, J.K., Schmiedek, F., Brose, A. & Lindenberger, U. (2013). Bien-être physique et émotionnel et équilibre entre soutien émotionnel nécessaire et reçu : différences d'âge dans une étude de journal quotidien. Social Science & Medicine, 91, 67-75.
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