Regarder la télévision tout en envoyant des SMS ou en consultant Instagram nuit à la capacité d'attention et à la mémoire.
Le cerveau humain, forgé il y a des centaines de milliers d'années, est adapté aux informations analogiques issues de la chasse ou de la cueillette. Aujourd'hui, il est submergé par un flux incessant d'informations numériques. De nombreux scientifiques s'inquiètent des effets durables de ce bombardement.
Une étude récente publiée dans la revue Nature confirme ces craintes. Elle démontre que le multitâche avec des médias numériques – comme regarder la TV, texter ou scroller sur Instagram – réduit la durée d'attention chez les jeunes adultes, les rendant plus vulnérables pour se remémorer des expériences spécifiques.
Les chercheurs ont testé 80 jeunes adultes âgés de 18 à 26 ans. Les participants ont évalué des images d'objets sur ordinateur, indiquant leur degré d'agrément. Après 10 minutes, on leur a présenté une nouvelle série d'images pour tester la reconnaissance.
Durant les tests, l'activité cérébrale et les mouvements oculaires ont été mesurés. Les scientifiques ont quantifié les moments de distraction et les ont corrélés à un questionnaire sur les habitudes de multitâche et les divagations mentales.
Les résultats révèlent un lien entre multitâche fréquent, pertes d'attention accrues et pupilles plus petites – signe classique d'une vigilance réduite. Une attention fluctuante juste avant le rappel prédit des signaux cérébraux affaiblis liés à la mémoire épisodique, celle des événements spécifiques.
Des études antérieures associaient déjà multitâche et mémoire épisodique faible. Cette recherche en identifie la cause : « Nous avons trouvé des preuves que la capacité à retenir l'attention explique l'association entre multitâche fréquent et mémoire altérée », explique Kevin Madore, postdoctoral en psychologie à Stanford et auteur principal. « Les multitâcheurs sont plus facilement distraits, ce qui affaiblit leurs souvenirs. »
« Étude impressionnante », commente Daphné Bavelier, psychologue à l'Université de Genève (non impliquée). Daniel L. Schacter (Harvard) ajoute : « Ces découvertes novatrices éclairent le lien entre attention, mémoire et habitudes quotidiennes. »
Ces résultats ne prouvent pas une causalité directe du multitâche sur l'attention ni une sensibilité accrue aux distractions numériques chez ceux à mémoire courte. Ils n'incriminent pas un média spécifique, Bavelier soulignant même les bénéfices potentiels des jeux d'action.
Madore, avec Anthony Wagner (Stanford), prévoit des études pour combler ces lacunes et améliorer attention et mémoire chez les plus distraits.
En cette période hivernale et pandémique favorisant le confinement, Madore insiste : limitez le multitâche lors des cours, appels Zoom ou visionnages comme The Queen's Gambit, évitant ainsi de scroller Facebook en parallèle.
[]