Pour célébrer notre 150e anniversaire, nous revisitons les Histoires scientifiques populaires (réussies ou ratées) qui ont marqué le progrès scientifique. Découvrez toute la série Des archives et notre couverture anniversaire ici.
Quand Popular Science publia l'article « Nourriture ou poison ? » en novembre 1936, il fallut encore plus de 30 ans pour que Kimishige Ishizaka et son épouse Teruko identifient l'immunoglobuline E (IgE), anticorps clé des réactions allergiques. Dès 1936, la recherche sur les allergies alimentaires battait son plein depuis des décennies.
Le dermatologue allemand Josef Jadassohn inventa peut-être le premier test en 1896 : le patch test, où un échantillon allergène est appliqué sur la peau pour observer une réaction. En 1912, le pédiatre américain Oscar M. Schloss fut pionnier du test cutané prick, encore utilisé aujourd'hui. Près d'un demi-siècle avant l'IgE, Carl Prausnitz et Heinz Küstner mirent en évidence le rôle des anticorps (alors nommés « réagines ») en 1910.
Frederic Damrau, dans son article de 1936, décrit un test innovant de l'allergologue américain Warren T. Vaughan : une chute des globules blancs (leucopénie) après ingestion d'aliments déclencheurs, suggérant l'implication d'anticorps. Riche en anecdotes captivantes et alarmantes, l'article est illustré par Benjamin Goodwin Seielstad.
Aujourd'hui, les allergies alimentaires explosent dans les pays industrialisés. Malgré les avancées diagnostiques, aucun remède n'existe pour cette affection touchant 1 enfant sur 13 aux États-Unis.
Il n'y a pas si longtemps, un homme se présenta à la clinique Mayo de Rochester, Minnesota. Chaque matin à onze heures, en réunion ou au volant, il s'endormait subitement ! Le Dr Walter Alvarez remonta le fil jusqu'à la crème dans son café matinal. L'éliminer résolut le problème.
Des milliers d'exemples similaires illustrent ce trouble étrange : l'allergie. Des substances inoffensives pour la plupart deviennent toxiques pour les allergiques, provoquant éruptions, éternuements ou crises respiratoires.
Si les œufs vous causent des boutons, les fraises de l'urticaire ou les chats des éternuements, vous êtes allergique. On estime alors 10 à 15 millions d'Américains concernés.
À Brooklyn, un garçon tousse à la gomme à cause du chicle ; à Chicago, une fille gonfle les yeux aux chrysanthèmes ; au Sud, un homme s'étouffe aux tomates ; à St. Louis, une femme jaunit aux oignons. La liste s'allonge : papier peint, sapins de Noël, choucroute, caoutchouc, prunes, maïs, asters, riz, dattes, soda au gingembre, mouton pour un boucher, primevères pour un fleuriste, poussière de bois pour un charpentier.
À une réunion de l'American Medical Association, le Dr William W. Duke rapporta une « allergie aux égratignures » : une simple irritation pouvait être fatale par choc anaphylactique.
Un médecin découvrit une « allergie à la tante » chez un enfant : en réalité aux œufs du petit-déjeuner de celle-ci, transmis par un baiser.
Des cas extrêmes : viande de poule (mais pas de coq) allergise via traces d'œufs ; viande de veau via lait. Un patient réagit au miel post-sarrasin par résidus infimes.
Le diagnostic allergique relève du détective : tests de grattage (prick tests) révèlent les coupables. Un homme s'évanouit en léchant une enveloppe (colle de poisson) ou en essayant des chaussures recollées. Une enfant de 4 ans était allergique à 28 substances : pommes de terre, œufs, poissons, moutarde, poivrons, plumes, poils, pollens, aspirine.
Le test de Vaughan (inspiré du Dr F. Widal) mesure la leucopénie post-jeûne et ingestion. Il sauva une patiente « tuberculeuse » en isolant ses aliments allergènes après 8 ans de sanatorium.
Œufs, blé, lait : top des déclencheurs, souvent plats préférés. Les mécanismes restent mystérieux, comme l'électricité pour Edison. Deux sociétés mènent la recherche.
Théorie : anticorps sanguins attaquent protéines étrangères. Exemple : transfusion transfère allergie aux plumes ; catgut chirurgical provoque rhume des foins temporaire.
Médicaments (quinine, aspirine), cosmétiques (racine d'iris dans poudre) ou instruments (embouchure de flûte en bois) surprennent. Solutions : cosmétiques hypoallergéniques, lait déprotéiné, meubles sans plumes.
Le rhume des foins pousse des migrations ; allergies tactiles (lunettes, flûte) amusent. L'allergie n'est pas héréditaire stricte : études du Dr Bret Ratner confirment.
Ce monde d'idiosyncrasies fascine et déconcerte l'histoire médicale.

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