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De Klein-Sinaai à Stonehenge : l'innovation archéologique de Philippe De Smedt

Les médias belges et internationaux se passionnent pour la méthode de Philippe De Smedt, qui a révélé les contours d'un complexe de bâtiments médiévaux à Klein-Sinaai sans fouilles exhaustives. Cet exploit, reproductible par ce bio-ingénieur gantois de Stonehenge, lui vaut une nomination à la Pipette d'or d'Eos.

De Klein-Sinaai à Stonehenge : l innovation archéologique de Philippe De Smedt

Philippe De Smedt débute l'entretien avec humour : « Je n'ai pas pratiqué beaucoup les interviews universitaires ces dernières années, mes compétences en la matière sont encore perfectibles ! » À 29 ans, ce docteur de la Faculté d'ingénierie des biosciences de l'Université de Gand a connu une ascension fulgurante. Ses travaux sur les sols de Klein-Sinaai, hameau de Flandre-Orientale, attirent l'attention jusqu'à Stonehenge.

Sur ce site, il a reconstitué les contours de la basse-cour – les « avant-corps » – de l'abbaye de Boudelo grâce à une technique de balayage avancée pénétrant jusqu'à trois mètres sous terre. « Il s'agit d'un capteur de sol basé sur l'induction électromagnétique (EMI), composé d'une bobine émettrice et de plusieurs bobines réceptrices en cuivre », explique-t-il. « La bobine émettrice génère un signal électromagnétique qui interagit avec le sol. Les particules conductrices et légèrement magnétisables renvoient un signal secondaire capté par les récepteurs, nous permettant d'identifier les textures comme l'argile, le sable ou le limon. »

L'atout majeur de ce scanner : fournir des données précises avant toute excavation, rendant les fouilles plus efficaces et moins destructrices – souvent irréversibles. De Smedt établit un parallèle avec la médecine : « Autrefois, les médecins ouvraient directement le patient ; aujourd'hui, ils scannent d'abord avant une chirurgie mini-invasive. Nous appliquons le même principe en archéologie : cartographie préalable, puis fouilles ciblées avec un impact minimal. »

Le capteur EMI existe commercialement et est utilisé en archéologie non invasive depuis longtemps. Pourtant, le laboratoire de sciences du sol de l'Université de Gand est le premier à transformer ces données en cartes 3D haute résolution.

Percée scientifique

Cette interdisciplinarité – sciences du sol et archéologie – marque une première. « Les scans sont courants sur de grands sites étrangers, mais leur alliance avec l'archéologie est rare. Notre projet à Klein-Sinaai est une véritable avancée », souligne De Smedt. Supervisé par le professeur Marc Van Meirvenne (sciences du sol) et Wim De Clercq (archéologie), ses recherches illustrent cette synergie.

Grâce à une bourse FWO, De Smedt part bientôt pour Stonehenge : « Malgré d'innombrables fouilles, le paysage préhistorique reste méconnu. Je scannerai 250 hectares pour prolonger les travaux de Klein-Sinaai. »

La découverte de Klein-Sinaai fut fortuite : lors d'une étude sur d'anciens lits fluviaux dans la dépression de Moervaart, près de Sint-Niklaas, le site monastique est apparu. Reconstitué en collaboration avec le Département d'archéologie, ce « détour » s'est révélé fructueux.

Double formation

Archéologue de base (master), complété d'un doctorat en bio-ingénierie, De Smedt unit sciences humaines et appliquées. « Les archéologues ignorent souvent les avancées tech, les ingénieurs manquent de contexte. Ma double expertise crée ce pont essentiel. »

En Flandre, la diversité pédologique impose une approche multidisciplinaire : géographie, topographie, sols et végétation. Prochain projet : cartographier les tranchées de la Première Guerre mondiale au Westhoek via analyses de sol, complétant les photos aériennes historiques.

Passionné, De Smedt se réjouit de sa nomination : « Nos travaux, confinés aux revues spécialisées, gagnent en visibilité. Cela booste l'image de la recherche en sciences du sol auprès du grand public. »


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