Le thorium émerge comme un substitut écologique à l'uranium dans la production d'énergie nucléaire.
Ses partisans le présentent comme « la plus grande avancée énergétique depuis des décennies ». Bien que découvert dans les années 1960, ce métal suscite un regain d'intérêt.
« Énergie nucléaire ? Non, merci ! » Ce slogan ornait les sacs et vêtements des étudiants contestataires dans les années 1970-1980. Les accidents de Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011) ont alimenté les craintes. Nombre de réacteurs ont été arrêtés pour prévenir les risques. Les gouvernements néerlandais et belge ont opté pour un retrait progressif. Mais le changement climatique, dû aux gaz à effet de serre, a ravivé l'intérêt pour le nucléaire, zéro émission de CO₂, contrairement au charbon. « Énergie nucléaire ? Oui, s'il vous plaît ! » pourrait devenir le nouveau cri de ralliement.
Les centrales à uranium posent toutefois des problèmes majeurs : déchets radioactifs (plutonium) à stocker en sécurité pendant des millénaires, et risque de prolifération pour les armes nucléaires, comme avec l'Iran ou la Corée du Nord.
Tous ces inconvénients peuvent être évités avec le thorium. Découvert en 1828 par le Suédois Jöns Berzelius, nommé d'après Thor, dieu nordique du tonnerre, ce métal blanc argenté est légèrement radioactif, avec une longue demi-vie, et sans danger immédiat.
Classé parmi les actinides (comme l'uranium et le plutonium), il possède une densité élevée due à ses noyaux riches en protons et neutrons. Ces noyaux se désintègrent sporadiquement, libérant de l'énergie en chaîne lors d'une réaction contrôlée – comparable à un jeu de billard tridimensionnel.
Dans un réacteur, cette chaleur chauffe l'eau pour produire de la vapeur, entraînant une turbine et générant de l'électricité. Contrairement à l'uranium, qui nécessite un enrichissement, le thorium n'en produit pas et génère peu de déchets dangereux. Carlos Rubbia, Nobel de physique et ex-directeur du CERN, estime une centrale au thorium trois fois moins chère qu'au charbon et cinq fois qu'au gaz. Abondant (4,4 millions de tonnes mondiales, dont 2,6 millions exploitables à 80 USD/kg), principalement en Inde, aux États-Unis, Australie et Turquie, 1 g de thorium équivaut à 2 500 litres d'essence. Selon Jan Leen Kloosterman, professeur à la TU Delft, il suffirait pour des millénaires de consommation électrique mondiale.
Dans les années 1950, l'uranium a été privilégié pour produire du plutonium utilisable dans les armes. L'industrie militaire a freiné le thorium.
La crise pétrolière de 1973 a boosté le nucléaire : 41 nouveaux réacteurs aux États-Unis. En 2019, 450 réacteurs mondiaux produisaient 10 % de l'électricité (98 aux USA, 58 en France, qui tire 75 % de son énergie du nucléaire). Post-Fukushima, l'Allemagne ferme ses 17 réacteurs d'ici 2022. 57 en construction, 337 en projet (Institut de l'énergie nucléaire).
Kirk Sorensen, ex-NASA, pilote le mouvement via son blog Energy From Thorium. Des prototypes avancent en Inde (500 MW à Kalpakkam) et en Chine (Shanghai).
Conçu dès les années 1950 par Alvin Radkowsky (US Navy) et Alvin Weinberg (Oak Ridge), le réacteur au thorium, souvent à sels fondus, utilise du thorium sous forme de fluorure liquide à haute température. Un neutron le transforme en uranium-233 fissile. Le sel circule, libère l'énergie, et en cas d'urgence, se solidifie pour arrêter la réaction – sécurité passive.
La conversion d'un réacteur à uranium est relativement simple.
La commercialisation est attendue vers 2050. Des défis persistent : comportement des sels à 700-800°C, matériaux résistants, chimie de purification, sûreté. Cela requiert des milliards en R&D. En attendant, éolien et solaire, éprouvés et neutres en CO₂, méritent priorité.
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