L'esprit humain créatif ne se laisse pas facilement surpasser. Équipé d'une technologie VR simple mais efficace, il peut vaincre l'ordinateur, comme l'ont récemment démontré des expériences pour des applications spécifiques.
Les robots envahissent le monde et les humains se retrouvent relégués au rôle de spectateurs passifs. Tel est le scénario apocalyptique d'une IA débridée, popularisé par les films et séries de science-fiction. Pourtant, la réalité exige des nuances importantes. Même les mathématiciens et informaticiens, moteurs du développement de l'IA, expriment désormais des réserves sur sa toute-puissance. Des études récentes montrent que les systèmes robotisés gagnent en efficacité grâce à une collaboration étroite avec les humains, justifiée non seulement pour des raisons sociales et psychologiques, mais aussi pour des performances optimales.
"Les algorithmes d'IA actuels, basés sur des mégadonnées, intègrent souvent un lien humain", explique Rudi Penne, mathématicien à la Faculté des sciences appliquées de l'ingénierie (FTI) de l'Université d'Anvers. "Ce 'humain dans la boucle' est essentiel pour traiter en temps réel d'immenses flux de données. Grâce à la visualisation ou à la 'sonication' (attribution d'une dimension audio aux données), l'esprit humain détecte des patterns invisibles aux algorithmes."
Le groupe de recherche Op3Mech d'Anvers, dirigé par Penne, a démontré qu'un système avec humain dans la boucle excelle dans les problèmes d'optimisation – un domaine où les ordinateurs dominaient depuis des décennies. Dans sa thèse, Boris Bogaerts a comparé des algorithmes automatisés à une approche humaine en réalité virtuelle. Il s'appuie sur un projet en cours étudiant les technologies de surveillance pour la sécurité au travail, notamment l'optimisation de réseaux de caméras pour protéger les dockers lors du chargement et déchargement.
La tâche paraît simple, mais elle défie même les algorithmes. Avec plus de dix caméras, le nombre de configurations possibles excède celui des atomes dans l'univers. Définir une fonction d'utilité précise est complexe : seul un expert en sécurité portuaire peut évaluer quels zones nécessitent une couverture multiple.
Les algorithmes ont besoin d'experts humains, mais une approche plus simple s'avère supérieure. Bogaerts a montré que des non-spécialistes, équipés de lunettes VR, surpassent les méthodes algorithmiques coûteuses.
"Nous avons développé une interface VR plaçant l'utilisateur dans un environnement virtuel réaliste, issu d'images réelles", précise Bogaerts. "Avec les lunettes VR, il explore tous les angles, visualise les zones couvertes (colorées) ou aveugles, et ajuste zoom et perspective pour une vue optimale."
Bogaerts a prouvé que même des novices en VR configurent mieux un réseau de 25 caméras de sécurité. Conclusion de l'étude anversoise ? "La créativité humaine résout des problèmes insurmontables pour les ordinateurs, quel que soit l'algorithme", affirme Bogaerts.
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