Des scientifiques belges identifient un "point faible" dans la banquise antarctique.

La plus grande masse de glace au monde se trouve en Antarctique. La calotte glaciaire orientale renferme assez d'eau pour faire monter le niveau de la mer de plusieurs dizaines de mètres. Les plates-formes de glace flottantes qui l'entourent n'influencent pas directement ce niveau, mais jouent un rôle crucial dans la stabilisation de la glace terrestre. Elles agissent comme une barrière, empêchant la glace continentale de glisser vers l'océan. Or, les plates-formes de l'Antarctique de l'Est, longtemps sous-étudiées, se révèlent plus vulnérables que prévu, selon une étude de chercheurs belges publiée dans Nature Climate Change.
Stef Lhermitte (TU Delft et KU Leuven) et Jan Lenaerts (Université d'Utrecht et KU Leuven) ont passé deux étés antarctiques consécutifs, soit six semaines chacun, sur la plate-forme de glace du Roi Baudouin, en Antarctique de l'Est. Ils y ont installé une station météorologique, prélevé des carottes de glace et utilisé un traîneau radar pour sonder sous la neige.

Les plates-formes de glace fondent par le haut, sous l'effet de l'air chaud, et par le bas, dû à l'eau de mer réchauffée. Elles peuvent alors devenir instables et s'effondrer, comme ce fut le cas en 2002 avec la plate-forme Larsen-B en Antarctique occidental : une structure de 200 mètres d'épaisseur, grande comme la province de Flandre-Occidentale (3 200 km²). Les scientifiques pensaient les plates-formes de l'Antarctique de l'Est, plus froides, plus résilientes.
Zone de fonte accrue
Cependant, Lhermitte et Lenaerts ont découvert un microclimat plus chaud dans une bande côtière d'environ 20 km de large, à la jonction terre-mer. « Il y fait trois degrés de plus qu'ailleurs », explique Lhermitte. Deux facteurs l'expliquent : les vents catabatiques du cœur de l'Antarctique génèrent des turbulences qui mélangent air chaud d'altitude et air froid de surface ; ils balaient aussi la neige fraîche, exposant la glace bleue qui absorbe davantage le rayonnement solaire. Résultat : une fonte accélérée.
Lors de leur seconde expédition en janvier 2019, les chercheurs ont fait un détour de 300 km pour examiner un cratère sur la plate-forme du Roi Baudouin, suspecté d'être un impact de météorite. « Il s'agissait en réalité d'un lac de fonte effondré », révèle Lhermitte. « Une surprise majeure, car ces phénomènes sont typiques du Groenland et rares sur les plates-formes antarctiques. »

Un lac de fonte s'effondre lorsque son poids fracture la glace, vidant l'eau et provoquant l'éboulement des parois. Les chercheurs ont détecté plusieurs autres lacs similaires sous la surface, étendus sur quelques kilomètres.
Ce "point faible" identifié rend la plate-forme de l'Antarctique de l'Est plus sensible. « Le microclimat existe peut-être depuis toujours et les plates-formes paraissent stables pour l'instant. Mais la fonte s'intensifie les années chaudes, qui se multiplieront avec le réchauffement climatique. » (ddc)
Vidéo de TU Delft sur la recherche