Chaque année, une poignée d'Américains contractent la peste, causée par la bactérie Yersinia pestis. Introduite en Amérique du Nord au début des années 1900, elle sévit chez des rongeurs en Arizona, au Nouveau-Mexique et au Colorado. Traitable par antibiotiques chez l'humain, elle reste souvent mortelle pour les chiens de prairie.
Des recherches récentes montrent que, entre 1950 et 2017, certaines régions montagneuses de l'Ouest américain sont devenues 30 à 40 % plus favorables à cette bactérie en raison du changement climatique. Cela illustre comment le réchauffement pourrait influencer la transmission des zoonoses.
"Il existe une idée reçue selon laquelle les impacts climatiques les plus graves viendront de la chaleur et des catastrophes. Je n'en suis pas convaincu", déclare Colin Carlson, auteur principal de l'étude, à Gizmodo. "Modéliser le lien entre climat et maladies infectieuses reste complexe."
La peste infecte de nombreuses espèces, mais s'établit durablement chez les rongeurs. En Asie centrale, chez les gerbilles ; en Amérique du Nord, chez les chiens de prairie. Elle se transmet par puces ou via la prédation (chats, coyotes). Y. pestis peut aussi symbioter avec des amibes ou survivre dans le sol.
Cette complexité complique la modélisation des réservoirs et la prévision des épidémies. Les populations de rongeurs varient avec le climat, et certaines puces transmettent mieux à des températures spécifiques.
Les chercheurs ont cartographié la distribution passée de la peste pour anticiper son évolution.
Ils ont croisé les cas humains (7,7/an en moyenne de 1950-2000) avec les conditions météo au moment de l'infection, et les données faune (2000-2017 : 5 000 cas sur 41 000 animaux, surtout coyotes via anticorps).
De 1950 à 2017, les risques culminaient dans les "points chauds" de biodiversité rongeurs, à haute altitude, liés à des hôtes idéaux ou abondance.
Le réchauffement crée des conditions favorables en altitude pour rongeurs et réservoirs. Des foyers potentiels émergent au Canada, Mexique et vallée centrale californienne.
Le modèle lie climat et épidémies : peste plus abondante les années chaudes (accumulation rongeurs/puces), pics humains les années froides/humides (mortalité, dispersion puces vers humains).
Des travaux antérieurs d'un co-auteur sur la Peste noire montrent un départ d'Asie centrale après hivers froids en Mongolie, favorisant migration ouest.
Cela n'implique pas plus de morts humains : hausse animale n'augmente les cas humains que marginalement, traitables.
La peste modèle l'interaction climat-écosystèmes-maladies, surveillée aux États-Unis. Similaire pour fièvre jaune, Lyme, leishmaniose, mais plus discrets.
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