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L'IMC : un indicateur de santé fiable ou trompeur ? Les experts font le point

Des chercheurs remettent en question l'indice de masse corporelle (IMC) comme mesure idéale du poids santé. Notre journaliste santé décrypte les faits, appuyée par des experts reconnus.

L'IMC, longtemps considéré comme la référence pour évaluer la graisse corporelle, est critiqué par les scientifiques. Selon un éditorial du magazine Science, il ne mesure ni la quantité ni la localisation précise de la graisse – la graisse abdominale, plus nocive car elle entoure les organes internes, étant particulièrement dangereuse. De plus, il ignore la proportion entre graisse et muscle : les personnes musclées risquent d'être classées à tort en surpoids ou obésité.

Les études montrent que 24 % des adultes à IMC normal présentent une résistance à l'insuline et un risque accru de maladies cardiaques, dû à une graisse corporelle élevée et une faible masse musculaire. Inversement, 10 % des personnes classées obèses par l'IMC sont en excellente santé grâce à leur musculature développée.

Faut-il abandonner l'IMC ?
Pas forcément. Pour Santé Canada, l'IMC reste utile pour analyser les tendances populationnelles, explique le Dr Arya Sharma, professeur de médecine et directeur du Département de recherche et de traitement de l'obésité à l'Université de l'Alberta. « Sur un grand échantillon, comme 1 000 personnes, l'IMC corrèle bien avec la graisse corporelle. Mais pour un individu, il est peu fiable : deux personnes au même IMC peuvent avoir 40 % ou 20 % de graisse, avec des impacts santé très différents. »

Len Kravitz, membre du comité consultatif de CanFitPro (plus grande organisation de certification en activité physique au Canada), confirme : « L'IMC est précieux en recherche, mais imprécis pour prédire les risques individuels liés au poids. »

Santé Canada reconnaît ces limites et précise : « L'IMC ne doit pas être l'unique outil d'évaluation. Il faut considérer la masse maigre, l'origine ethnique, le mode de vie, la forme physique et les facteurs de risque. Le tour de taille est plus pertinent pour distinguer masse maigre et graisseuse. »

Des alternatives plus précises
Le tour de taille s'impose comme l'outil le plus efficace. L'indice de forme corporelle (ABSI), intégrant taille, poids et tour de taille, a mieux prédit la mortalité liée au poids chez 14 000 personnes (étude 2012, City College de New York).

Une méta-analyse de 31 études (2012, University of Oxford Brookes) montre que le ratio tour de taille/hauteur (tour de taille en pouces ÷ hauteur en pouces, mesuré 2,5 cm au-dessus du nombril) surpasse l'IMC pour anticiper cancers, AVC et maladies cardiaques.

Ces mesures ont des limites : elles ne distinguent pas la « mauvaise » graisse viscérale, note le Dr Sharma. Les échelles de graisse corporelle ou appareils de gym sont aussi imparfaits. « Un fort taux de graisse peut coexister avec une santé parfaite, ou l'inverse. »

La meilleure évaluation ? Consultez votre médecin pour un bilan complet : tension artérielle, cholestérol, glycémie, et risques associés (maux de dos, reflux, arthrose, apnée du sommeil). Comme le dit le Dr Sharma : « Aucun outil ne surpasse un examen médical personnalisé. »

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