La bactérie multi-résistante CPE (entérobactéries productrices de carbapénèmase) progresse rapidement aux Pays-Bas et en Belgique.

La bactérie hospitalière CPE, ou entérobactéries productrices de carbapénèmase, préoccupe vivement les microbiologistes. Cette souche appartient aux entérobactéries, principalement des bactéries intestinales comme E. coli ou Klebsiella. Elle s'est dotée d'une enzyme, la carbapénèmase, qui la rend insensible aux carbapénèmes, antibiotiques de dernier recours contre les souches résistantes. Face aux CPE, les médecins ne disposent que de la colistine (un ancien antibiotique aux effets secondaires nombreux) ou de la tigécycline (plus récente mais moins efficace).
Tourisme médical et propagation
Les premières bactéries résistantes aux carbapénèmes sont apparues en 1995, dix ans seulement après l'introduction de ces antibiotiques. Les patients en réanimation, en transplantation ou sous carbapénèmes prolongés sont particulièrement vulnérables à des infections souvent mortelles.
En Grèce, la bactérie était active dès 2008 dans plus de la moitié des hôpitaux interrogés ; en Inde, elle est omniprésente. Elle s'est introduite dans les hôpitaux européens via le tourisme médical. En juin 2010, un patient pakistanais est décédé d'une infection à CPE dans un hôpital bruxellois.
L'année dernière, au Maasstad Hospital de Rotterdam, 115 patients ont été infectés suite à une détection tardive, causant 28 décès (dont 3 directement attribués à la bactérie). Début 2011, le Conseil supérieur de la Santé belge a signalé trois hôpitaux en situation épidémique et douze avec des cas sporadiques.

La question clé est désormais la vitesse et l'ampleur de sa propagation hors hôpitaux. Avec l'augmentation des transferts de patients à haut risque, de nouveaux foyers émergeront, potentiellement rendant la CPE endémique. L'essor des bactéries BLSE (comme l'EHEC de 2011 en Allemagne) accélérera ce phénomène, car elles ne se contrôlent qu'avec des carbapénèmes, favorisant la sélection de variants CPE.
La résistance est un pur mécanisme darwinien : les souches survivant aux antibiotiques se multiplient. Chaque contact (poignée de main) échange des bactéries résistantes, transférant du matériel génétique. À terme, cela risque de nous ramener à une ère où les infections banales sont mortelles.
Prévention : la clé de l'avenir
Pour les patients déjà infectés, les options sont limitées, mais la prévention sera cruciale dans les 10-15 prochaines années. Le Conseil supérieur de la Santé recommande un dépistage systématique des patients à risque, l'isolement en chambre individuelle, une hygiène des mains stricte pour tout le personnel, patients et visiteurs, et une utilisation prudente des antibiotiques.
Un registre centralisé, coordonné par le centre national de référence des entérobactéries résistantes, est en développement. Un groupe d'experts élabore des recommandations nationales.
Autres bactéries multi-résistantes
SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méticilline) : détecté en 1959 au Royaume-Uni peu après l'introduction de la méticilline. Lié aux élevages (porcs, veaux), elle irrite peau et muqueuses ; les éleveurs sont isolés préventivement.
BLSE (bêta-lactamases à spectre étendu) : bactéries intestinales (Klebsiella, E. coli) inactivant pénicillines et autres. Liées à la surutilisation d'antibiotiques en élevage avicole. En 2010, 88 % de la viande de poulet au RIVM était contaminée (20 % pour porc/bœuf). Infections urinaires, rénales, biliaires ou septicémies mortelles chez les fragiles.
La bactérie EHEC (variante O104:H4 de 2011 en Allemagne), productrice de BLSE, a causé diarrhées, insuffisances rénales et plus de 35 décès.
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