Le géant des boissons gazeuses Coca-Cola soutient des scientifiques qui attribuent principalement l'obésité à l'inactivité physique plutôt qu'à l'alimentation.

Coca-Cola soutient des scientifiques qui pointent l'inactivité physique comme cause principale de l'obésité, plutôt que la nutrition.
Coca-Cola finance le Global Energy Balance Network (GEBN), une initiative visant à promouvoir des solutions contre le surpoids et l'obésité basées sur la « science de l'équilibre énergétique ». Ce concept postule qu'un poids santé résulte d'un équilibre entre calories consommées et calories brûlées. Les critiques, relayés par The New York Times, y voient une tentative de détourner l'attention des effets néfastes des aliments et boissons sucrés.
Selon le GEBN, il s'agit de soutenir les chercheurs explorant le « bilan énergétique ». Steven Blair, professeur américain de sport à l'Université de Caroline du Sud, déclare dans une vidéo de lancement : « Les médias et la presse scientifique insistent sur 'manger trop', accusant fast-foods et sodas. Mais les preuves manquent pour en faire la cause principale. »
Le site du GEBN affirme : « L'équilibre énergétique reste mal compris, mais des preuves solides montrent qu'il est plus facile à maintenir avec une activité physique modérée à élevée et un apport calorique accru. » L'expert en obésité Yoni Freedhoff (Université d'Ottawa) résume au New York Times : « Le message est clair : vous n'êtes pas obèse à cause de ce que vous mangez ou buvez, mais parce que vous ne faites pas assez d'exercice. »
Les détracteurs contestent que l'exercice compense pleinement une alimentation malsaine, l'impact de l'activité physique sur le poids étant bien moindre que celui de la diète.
Jaap Seidell, spécialiste du surpoids à la VU University Amsterdam, approuve : « L'activité physique est essentielle pour la santé corporelle et mentale. Mais contre l'obésité, réduire les boissons sucrées s'avère efficace. Nier cela est problématique, surtout quand l'industrie propose déjà des alternatives sans sucre. »
Intérêts financiers
Le site GEBN est hébergé au siège de Coca-Cola à Atlanta et omettait initialement son financement. The New York Times révèle que des experts comme Blair ont reçu des fonds importants de Coca-Cola ces dernières années. L'entreprise a versé 1,5 million de dollars pour lancer le GEBN, et plusieurs études citées sont sponsorisées par elle.
Aurélie Gerth de Coca-Cola Belgique explique : « Nous soutenons la recherche sur l'équilibre énergétique depuis longtemps. Nous exigeons la transparence sur le financement et partageons les résultats, quel qu'en soit l'issue, pour informer les consommateurs et adapter nos produits. »
Des méta-analyses, comme celle de PLOS Medicine, montrent que les études financées par l'industrie alimentaire sont cinq fois plus susceptibles de conclure à l'absence de lien entre sodas et obésité.
Le Néerlandais Willem van Mechelen (VUMC) figurait initialement sur la liste des experts, mais son implication reste « en attente » et a été retirée du site. L'expert danois Arne Astrup (Université de Copenhague) soutient le GEBN : « La nutrition compte, mais on se focalise trop sur un seul facteur. Mes recherches montrent les méfaits des sodas, indépendamment du financement. »
Coca-Cola est partenaire de la VBVD (Association flamande des nutritionnistes), qui revoit ses collaborations après une campagne sucrière controversée. Bernadette Barthels confirme : « Nous reconnaissons la confusion semée et réévaluons nos partenariats. »
Parallèle avec l'industrie du tabac
Martijn Katan, professeur de nutrition à l'Université libre d'Amsterdam, compare la stratégie de Coca-Cola à celle du tabac : « Ils parrainent le sport pour détourner l'attention. Une taxe sur les boissons sucrées est la solution, mais c'est leur cauchemar. »
« La clé est de modifier l'environnement obésogène pour rendre le surconsommation moins accessible et moins bon marché. »
En savoir plus :
* Obésité et industrie alimentaire : des amis proches ?
* Jaap Seidell intervient aux Eos Grey Cells sur la santé, le 12 octobre 2015 au Handelsbeurs à Gand.
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