L'immunothérapie stimule le système immunitaire pour combattre le cancer. Peut-on éliminer totalement cette maladie ? Eos, via sa rédactrice en chef Kim Verhaeghe, interroge Damya Laoui, chercheuse en cancérologie à la VUB et au VIB.
Les traitements anticancéreux classiques visent directement les tumeurs, mais causent souvent des dommages collatéraux importants. L'immunothérapie, une approche innovante, active le système immunitaire du patient pour qu'il cible lui-même les cellules malignes.
Damya Laoui et son équipe explorent cette voie, notamment en utilisant des cellules tumorales retirées comme vaccin personnalisé. Un tel vaccin pourrait-il nous immuniser contre le cancer ? Quelles avancées promet l'immunothérapie ? Pourquoi le cancer est-il si ardu à vaincre ? Découvrez-le dans cet entretien en podcast.
Dans le podcast "Ask it to", un scientifique répond à une question de l'agenda scientifique flamand 2020. Avez-vous une question ? Envoyez-la-nous par e-mail ou sur les réseaux sociaux.
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Voici une version abrégée de l'interview.
« Le cancer désigne plus de 200 maladies. Leur point commun : une mutation de l'ADN dans une cellule provoque une division cellulaire incontrôlée, formant une tumeur. Une tumeur bénigne reste localisée ; le cancer survient quand elle se propage et métastase. »
« Les mutations résultent de hasards lors de la division cellulaire, d'héritage génétique ou de facteurs comme le stress, une mauvaise alimentation ou le tabagisme, qui augmentent le risque. »
« La diversité des cancers est le défi majeur. Chaque type se comporte différemment et requiert des traitements spécifiques, nécessitant des recherches intensives. »
« Les trois piliers classiques : chirurgie (ablation de la tumeur), radiothérapie (rayonnements ionisants) et chimiothérapie (agents chimiques). Ils ciblent les cellules à division rapide, mais affectent aussi les cellules saines, causant chute de cheveux et nausées. »
« Le système immunitaire cible les agents étrangers comme virus et bactéries. Les cellules cancéreuses, trop similaires aux nôtres, passent souvent inaperçues. Il combat parfois des tumeurs naissantes sans que nous le sachions. »
« L'immunothérapie le renforce. Elle utilise anticorps ou cellules tumorales. La thérapie par points de contrôle désabuse les freins imposés par les tumeurs aux lymphocytes T. La thérapie cellulaire extrait, renforce et réinjecte ces cellules. Les effets secondaires sont moindres qu'avec chimio ou radio. »
« Pas tout à fait : un vaccin antigrippal prépare à un virus connu. Contre le cancer, les mutations imprévisibles compliquent les vaccins préventifs, sauf pour les cancers viraux comme celui du HPV. »
« Les tumeurs contiennent des cellules immunitaires, dont des cellules dendritiques combattant encore le cancer. Nous les isolons d'une tumeur chirurgicalement retirée pour les réadministrer comme vaccin personnalisé contre métastases ou récidives. Tests prometteurs chez la souris en cours. »
« Succès chez la souris ; essais cliniques espérés dans 3 ans, résultats chez l'humain dans 15 ans, sous réserve de financements et approbations éthiques. »
« Oui : points de contrôle pour cancers du poumon, peau, rein, vessie ; thérapie T-cellules remboursée depuis 2019 pour cas réfractaires. Nombreux essais cliniques en cours, taux de rémission jusqu'à 50 %. Combinées aux classiques, elles excellent. Coût élevé (150 000 €/an) reste un frein. »
« Je l'espère et y crois. Les progrès en médecine et technologie nous permettront d'éliminer au moins certains cancers. » []