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Isoler les prisonniers radicaux en prison : une mesure contre-productive, selon une sociologue de Groningen

Les musulmans radicaux exercent une influence négligeable sur les autres détenus en prison. Les regrouper dans des unités séparées risque au contraire de les radicaliser davantage.

Isoler les prisonniers radicaux en prison : une mesure contre-productive, selon une sociologue de Groningen

Les musulmans radicaux ont peu d'impact sur les autres prisonniers. Leur isolement dans des départements dédiés favorise cependant une radicalisation accrue.

Cette politique, appliquée aux Pays-Bas et en Belgique depuis 2006, s'avère infondée. La peur d'une propagation d'idées extrémistes en prison n'est pas justifiée, d'après la thèse de la sociologue Tinka Veldhuis, de l'Université de Groningue. Elle a interrogé des détenus – y compris des extrémistes –, des gardiens et des responsables du ministère de la Justice. « Les djihadistes occupent le bas de la hiérarchie carcérale. La question est de savoir s'ils influencent vraiment quiconque. De nombreux extrémistes pourraient même adopter une vision plus nuancée en milieu carcéral ordinaire », explique-t-elle.

Depuis le meurtre du cinéaste Theo van Gogh en 2004, les Pays-Bas isolent les prisonniers radicalisés dans des unités antiterroristes spéciales – une décision hâtive selon Veldhuis. Environ 80 djihadistes y sont détenus, condamnés ou en attente de jugement. Cette séparation est contre-productive : elle renforce leurs convictions extrêmes et génère de la frustration due au régime strict.

Pour Veldhuis, intégrer les extrémistes parmi les autres détenus facilite leur surveillance et leur prépare un retour serein en société. « À leur sortie, ils réintègrent la société. Pour la sécurité publique, il est crucial qu'ils s'y adaptent sans conserver leur idéologie extrémiste. Actuellement, ils ressortent des unités terroristes plus radicaux qu'à leur entrée. »

En Belgique, les extrémistes côtoient encore les autres prisonniers, mais le ministre de la Justice, Koen Geens, a décidé leur transfert vers des ailes séparées à Bruges et Ittre (42 places au total). Cette mesure, post-attentats de Paris, vise à prévenir la contagion idéologique, avec un personnel dédié à la déradicalisation. (lg)


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