Une femme sur 10 entre 30 et 34 ans, et une sur 5 entre 35 et 39 ans, vit une fausse couche. Pourtant, ce sujet reste largement tabou. « L'entourage n'a pas vu d'enfant, il pense donc que le chagrin ne sera pas trop profond. »
Si les fausses couches touchent tant de couples, il est surprenant d'en entendre si peu parler. Beaucoup se sentent coupables, mais manquent aussi de compréhension de leur entourage, ce qui les empêche d'en discuter librement. Résultat : un deuil profondément solitaire.
« Les gens n'en parlent pas, par peur d'effrayer les autres ou par honte, comme si vous y étiez pour quelque chose. »
Interrogez Mark Zuckerberg, cofondateur de Facebook. Avant la naissance de leur première fille, sa femme Priscilla a subi trois fausses couches. Il a partagé cela avec ses millions d'abonnés : « Vous avez tant d'espoir en apprenant votre grossesse. Vous imaginez l'avenir de votre bébé, vous faites des projets. Puis tout disparaît. C'est une expérience solitaire. Les gens n'en parlent pas, de peur d'effrayer les autres ou par honte, comme si vous y étiez pour quelque chose. »
« Il n'est pas seul », affirme Manu Keirse, psychologue clinicien, médecin et docteur en perte prénatale (thèse des années 1980). Auteur de dizaines d'ouvrages sur le deuil, il explique : « L'entourage minimise souvent ce chagrin, car rien n'était visible : pas d'enfant à voir. Mais pour les parents, c'est différent. L'enfant vit déjà dans leur attente, sur leurs genoux en imagination. La grossesse est plus qu'un processus biologique : c'est l'amour, le lien, les désirs. Plus l'amour est grand, plus le deuil est profond. Chaque deuil est unique, comme une empreinte digitale. »
Aujourd'hui, les grossesses sont planifiées avec précision. « Si l'enfant attendu ne vient pas ou est perdu, c'est vécu comme un échec personnel majeur », note Manu Keirse. Les femmes se sentent coupables, comme si leur corps avait failli. La médecine, clinique, les réduit à un statistic – ignorant la profonde tristesse derrière.
« Les femmes ressentent une immense culpabilité : leur corps serait incapable de porter un enfant. »
« Dites simplement : 'Parle-moi !' Et écoutez, sans conseils hâtifs ni minimisations. »
Ce deuil reste caché. Les parents craignent de choquer. Même les médecins l'évitent, faute de formation. Quelques mois plus tard, on n'en parle plus, alors que le chagrin persiste. « Ne pas trop y penser ? Impossible. Tristesse et pensée activent des hémisphères cérébraux différents », précise Keirse.
Manu Keirse conclut : « Créons un espace d'écoute pour lever le tabou. Dites : 'Parle-moi !' Écoutez sans juger. Les employeurs y gagneraient aussi : donnons du temps au deuil. »