« La psychothérapie soulage nos souffrances, mais elle ne peut jamais nous en délivrer. » C'est ce qu'affirme le médecin et thérapeute systémique Flip Jan van Oenen dans son ouvrage Le malentendu de la psychothérapie.
Grâce à ses recherches scientifiques sur l'efficacité des méthodes psychothérapeutiques, il a fait une découverte troublante : depuis cinquante ans, aucune nouvelle intervention n'a surpassé les précédentes en termes de performance. Les nouvelles formes de thérapie promettant de meilleurs résultats ne résistent pas aux tests scientifiques répétés. Selon Van Oenen, la vraie avancée réside dans ce que nous ne savons pas : « Il n'y a plus de compréhension des mécanismes d'action de la psychothérapie, quel que soit le modèle suivi, et aucune méthode supérieure n'est disponible par rapport au passé. » Pourtant, chercheurs, thérapeutes, établissements de santé mentale, assureurs, politiques et patients perpétuent collectivement le mythe d'un progrès inexistant.

« Ce que la psychothérapie offre reste relativement limité. La bonne nouvelle est qu'elle fonctionne et bénéficie à un grand nombre de personnes. Mais le concept de "progrès" est exagéré : il n'est pas si spectaculaire, et il est très difficile à quantifier précisément. »
« Non, aucune méthode n'est supérieure, même pour un problème ou un diagnostic spécifique. J'ai donc des doutes sur l'utilité des combinaisons diagnostiques et thérapeutiques (DBC). La seule exception est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour les phobies simples, comme l'arachnophobie, où l'exposition progressive à l'objet de la peur s'avère de loin la plus efficace. La TCC est la plus étudiée expérimentalement : les patients y gagnent plus que ceux en liste d'attente. Mais elle n'est pas plus performante que la thérapie psychodynamique ou solutionniste, par exemple. J'ai omis les psychotropes dans mon livre. »
« L'art de la thérapie consiste à aider différemment de ce que feraient des proches. Les professionnels s'appuient sur un cadre théorique directeur – psychodynamique, systémique ou comportemental – pour comprendre les dysfonctionnements et agir. Les thérapeutes affrontent quotidiennement une immense souffrance, bien plus que ce qu'une personne ordinaire pourrait tolérer. Ils doivent se protéger grâce à ce cadre. »
« J'ai longtemps travaillé en service de crise. Face à quelqu'un au bord du suicide – ce qui arrivait souvent –, mon bagage théorique et les protocoles associés m'aidaient à distinguer ce que je pouvais influencer de ce que je ne pouvais pas. Ils me permettaient de réaliser que les problèmes deviendraient gérables demain. Cela me gardait calme, sans panique. Je pouvais écouter avec empathie et transmettre que la souffrance redeviendrait supportable. Cette attitude professionnelle bénéficie au patient : un proche risque davantage de se déséquilibrer. »
« C'est un dilemme. Les thérapeutes doivent éviter les faux espoirs et attentes irréalistes. En cabinet, je dis toujours à un patient : "Je n'ai pas de baguette magique, je ne sais pas comment cela fonctionnera pour vous, mais explorons ensemble. Pour certains, cela change tout – qui sait, peut-être pour vous." Promettre que tout ira bien prépare la déception. En public, sur la profession, le message doit être clair : beaucoup n'en bénéficieront pas autant qu'espéré. »
« Sans doute. Toutes les souffrances ne disparaîtront pas si nous excellons en psychothérapie. Nous disons trop peu que le bonheur ne se fabrique pas. C'est le devoir des thérapeutes de démasquer cette illusion. À cet égard, je me sens proche des idées du psychiatre flamand Dirk de Wachter. »
Ce mouvement proclame un objectif irréaliste et destructeur, érigeant la faisabilité en absolu. Personne ne veut de suicides, mais on ne peut les contrôler. Leur nombre reste stable malgré les fluctuations. Le suicide est un mécanisme d'adaptation ultime face à la souffrance. Aussi tragique soit-il, certains s'y résoudront toujours. Soutenez-les, oui, mais ne visez pas l'impossible : si cela échoue, thérapeutes et proches ne doivent pas se sentir coupables. »
« En tant que méthode, elle n'est pas supérieure aux formes traditionnelles. Son accessibilité est un plus, mais elle renforce l'illusion d'une thérapie "fabriquable". »
« La science excelle dans la réduction, apportant d'énormes progrès. Mais un demi-siècle de recherches montre qu'elle n'éclaire pas la psychothérapie. Cette mesure des effets ne rend pas justice à sa valeur humaine. L'esprit est complexe ; nous en savons peu. L'interaction thérapeute-patient reste mystérieuse, et je doute qu'on la comprenne un jour. »
« Cette crainte me hante. Mais mon message n'est pas que la psychothérapie est inutile : elle est précieuse, utile, et mérite des investissements dans une société civilisée, même si scientifiquement moins rentable qu'espéré. En cabinet, j'exerce avec conviction totale malgré mes doutes méta. »
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