Nous sommes souvent surpris par les lacunes de notre mémoire, tout en la considérant généralement fiable. Est-ce vraiment le cas ?
Voici une découverte troublante mais essentielle : la vie que nous vivons n'existe que dans l'instant présent, fugace. Chaque moment devient aussitôt un souvenir. Notre personnalité, notre biographie et notre identité subjective reposent entièrement sur ces souvenirs. Sans eux, le « je » perdrait tout sens.
Il est rassurant de se connaître à travers son histoire personnelle. Mais que se passe-t-il si ces souvenirs ne reflètent pas fidèlement les événements réels ? Nombre d'expériences ne sont pas du tout mémorisées, et notre mémoire peut nous tromper.
Par exemple, vous croyez n'avoir jamais vu ce film, mais après dix minutes, tout vous revient. Ou votre partenaire est certaine de ne pas connaître ce restaurant, jusqu'au premier goût de l'apéritif maison. Nous pensons que nos souvenirs correspondent à la réalité, sous peine de remettre en cause notre identité. Pourtant, si la mémoire faillit, qui sommes-nous vraiment ?
Notre mémoire est loin d'être objective. Elle ne ressemble en rien à un disque dur d'ordinateur.
Cette idée est dérangeante : nous ne pouvons pas toujours faire confiance à nos souvenirs. Pourtant, les recherches des trente dernières années le confirment. Loin d'un stockage fidèle, la mémoire est hautement sélective et créative. Elle enregistre certaines expériences, en efface d'autres, recombine des fragments, et intègre même des éléments extérieurs issus de livres, journaux ou films, comme si nous les avions vécus.
Il est même possible d'implanter de faux souvenirs. La psychologue américaine Elizabeth Loftus a démontré que des souvenirs traumatiques, comme des abus sexuels infantiles, peuvent émerger suite à des suggestions thérapeutiques.
Cela ne signifie pas que tous nos souvenirs sont faux, ni qu'une crise existentielle est inévitable. Cependant, la science nous invite à plus de modestie. Comme nos sens ne capturent pas le monde tel quel, et nos intuitions nous trompent souvent, nos souvenirs méritent la même prudence : ne présumez pas qu'ils restituent fidèlement le passé.
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