À Anvers, le port du masque buccal est obligatoire dans l'espace public. En Belgique, cette mesure s'applique souvent dans les lieux bondés où la distanciation d'1,5 mètre est impossible, comme les zones commerciales. Certaines communes néerlandaises expérimentent également cette obligation. Est-elle justifiée ? Quels impacts psychologiques pour un port prolongé ? Eos a interrogé trois experts. « Chacun réagira différemment à cette obligation », explique Arie Dijkstra, professeur de psychologie sociale de la santé et de la maladie à l'Université de Groningue. « Pour certains, elle est gratifiante ; pour une minorité, elle génère anxiété ou gêne physique. » Il juge la mesure ambitieuse mais utile.
Les avantages psychologiques sont réels. « Si vous craignez l'infection, le masque réduit cette menace. Sans peur personnelle, il renforce le sentiment de responsabilité, ce qui est gratifiant », note Dijkstra. « Il faudra du temps pour s'y habituer », ajoute Kai Jonas, professeur de psychologie sociale appliquée à l'Université de Maastricht.
« Lire les émotions sur les visages est plus difficile, et les conversations intimes paraissent étranges en raison de la perte d'informations non verbales. » Arie Dijkstra, professeur de psychologie sociale de la santé et de la maladie (Université de Groningue)
« Porter un masque deviendra vite normal. » Jonas souligne son rôle prosocial : protéger les autres. « Ceux hors groupe à risque le vivent parfois mal. »
« Le masque rappelle le coronavirus et incite à la distanciation », déclarait récemment Andrea Evers, professeure de psychologie de la santé à l'Université de Leiden, à EenVandaag. Les experts écartent un faux sentiment de sécurité : « Aucune étude ne le prouve ; au contraire, porteurs de masques respectent mieux les distances », assure Dijkstra, citant des recherches en Allemagne et Italie. « Raison suffisante pour l'instaurer : c'est simple, économique et efficace si largement adopté », conclut Matthias Wieser, professeur de psychologie clinique et biologique à l'Université Erasmus de Rotterdam.
Mais des inconvénients existent : « Gêne physique – lunettes embuées, transpiration, douleur – et contacts sociaux altérés au début », prévient Dijkstra. « Lire les émotions est ardu, les échanges intimes inhabituels. » Jonas, également à l'Université chinoise de Hong Kong, note l'adaptation rapide en Asie : « Là-bas, c'est courant ; ici, nouveau, donc stressant initialement. Nous développerons une culture du masque. »
« Peu d'anxiété généralisée, mais vigilance pour asthmatiques, BPCO ou troubles paniques/claustrophobes », conseille Wieser. « Soyez empathiques. Pour gérer la peur : l'accepter comme normale ou s'entraîner à domicile. »
Dijkstra critique la mesure flamande : « Décision hâtive. Mieux cibler les groupes à risque avec masques optimaux plutôt qu'une approche générale. »