Le dicton selon lequel les champignons magiques "ouvrent l'esprit" pourrait contenir une part de vérité. Une nouvelle étude britannique démontre que la psilocybine, composé psychédélique naturel présent dans certains champignons, aide les patients dépressifs en modifiant leurs schémas d'ondes cérébrales.
Des chercheurs du Royaume-Uni ont conduit un essai randomisé en double insu auprès de 43 patients atteints de trouble dépressif majeur. Ces participants ont reçu deux doses de psilocybine espacées de trois semaines : soit 25 mg (dose thérapeutique), soit 1 mg (dose négligeable). Sans connaître la dose administrée, chaque patient a ensuite pris des capsules quotidiennes pendant six semaines. Ceux sous 25 mg de psilocybine recevaient un placebo, tandis que le groupe à faible dose prenait de l'escitalopram, un antidépresseur standard.
À la fin des six semaines, le groupe escitalopram notait une légère amélioration. En revanche, la dose élevée de psilocybine induisait une réduction rapide des symptômes dépressifs, accompagnée d'une connectivité cérébrale accrue visible à l'IRMf. Ces bénéfices persistaient des semaines après. "La psilocybine crée un effet libérateur dans le cerveau, le sortant de l'ornière des pensées dépressives", expliquent les auteurs. Les résultats, publiés le lundi dans Nature Medicine, soutiennent la psilocybine comme thérapie potentielle.
Chez les personnes en bonne santé, le cerveau est hautement connecté ; en dépression, il est au contraire ségrégué. "C'est l'inverse", note Richard Daws, premier auteur et doctorant à l'Imperial College de Londres lors de l'étude, dans Live Science. Cette recherche valide l'usage de la psilocybine pour stimuler les connexions entre réseaux cérébraux.
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Cependant, d'autres experts tempèrent : l'échantillon est petit et le suivi court. "C'est une avancée, mais je veux voir les effets à trois ou six mois", déclare Stephen Ross, directeur associé du NYU Langone Center for Psychedelic Medicine, au New York Times. "Comme observer l'univers au télescope et en tirer déjà des théories."
La dépression touche 21 millions d'adultes américains (8,4 %) en 2020 (National Institute of Mental Health). La pandémie de COVID-19 a accru l'anxiété et la dépression de 25 % mondialement (OMS). Les antidépresseurs classiques échouent chez jusqu'à un tiers des patients et causent des effets secondaires notables.
Les chercheurs explorent les psychédéliques (psilocybine, LSD, MDMA) pour les cas résistants, y compris SSPT, anxiété et troubles alimentaires. Les auteurs insistent : ne pas s'auto-médicamenter avec de la psilocybine.
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