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Archéologues en Toscane : à la recherche de l'ADN du choléra dans un cimetière du XIXe siècle

Des archéologues explorent un cimetière en Toscane à la recherche de traces de la bactérie du choléra, responsable de millions de morts dans le monde autour de 1850.

Archéologues en Toscane : à la recherche de l ADN du choléra dans un cimetière du XIXe siècle

En Toscane, des archéologues fouillent un cimetière pour détecter l'ADN de la bactérie du choléra, qui a fait des ravages mondiaux vers 1850.

En 1855, la Toscane a dénombré à elle seule 27 000 victimes du choléra. Dans le village de Barga Pozzeveri, près de Lucques, les habitants ont inhumé leurs défunts dans une zone dédiée du cimetière adjacent à une église aujourd'hui abandonnée. Les corps et le sol, enterrés à la hâte, sont exceptionnellement préservés grâce à un sol limoneux durci comme du béton.

Une équipe d'archéologues et de chercheurs y travaille actuellement. L'objectif : identifier l'ADN de Vibrio cholerae pour retracer l'évolution du pathogène. Ces données sont cruciales pour combattre cette maladie qui, malgré les avancées médicales, cause encore des centaines de milliers de décès annuels selon l'OMS.

Le site abrite aussi des victimes âgées de la peste. Depuis 2010, l'Université de Pise et l'Ohio State University collaborent sur ce projet via une école de terrain en archéologie et bioarchéologie médiévale, formant des étudiants sur le site. (aa)

LONDRES LIVE LAB – Recherche dans les foyers de choléra du XIXe siècle sur

Dans le n°11 (2014) de Eos Memo, nous avons publié un article détaillé sur John Snow (1813-1858), célèbre pour avoir stoppé une épidémie en isolant une pompe à eau contaminée. Cette découverte était une note de bas de page à son œuvre majeure : une étude épidémiologique à grande échelle dans le sud de Londres.

Archéologues en Toscane : à la recherche de l ADN du choléra dans un cimetière du XIXe siècle

C'est l'été 1854. Le choléra frappe à nouveau Londres, après une épidémie hivernale précédente. Les décès explosent au sud de la Tamise. Parmi les soignants, le Dr John Snow, anesthésiste renommé de Soho, qui avait même assisté la reine Victoria en 1853.

Plutôt que de soigner, Snow enquête sur les lieux des décès, interrogeant les fournisseurs d'eau. Son but : prouver que le choléra se transmet par l'eau contaminée. Londres offre un laboratoire idéal.

Cloaque urbain
Snow, né en 1813 à York d'origine modeste, s'est formé comme apprenti pharmacien dès 14 ans, acquérant une expérience polyvalente en médecine.

À l'époque, on attribuait le choléra aux miasmes, ces "mauvaises émanations" urbaines.

En 1836, il s'installe à Londres à pied depuis Liverpool. La métropole de 2,5 millions d'habitants débordait : égouts à ciel ouvert, puisards débordants, bidonvilles insalubres.

Archéologues en Toscane : à la recherche de l ADN du choléra dans un cimetière du XIXe siècle

Éther et vapeurs
À Londres, Snow excelle en recherche sur la respiration et l'anesthésie. Il perfectionne l'administration d'éther, réalisant 80 anesthésies en un an. Sa maîtrise des gaz l'amène à contester la théorie des miasmes lors des épidémies de 1831-1832 (4 700 morts à Londres).

Pourquoi les vidangeurs, exposés aux odeurs, survivent-ils mieux que les voisins ? Snow suspecte une transmission non aérienne.

La Tamise, égout géant
Sous Edwin Chadwick, on nettoie les puisards et on déverse tout dans la Tamise, source d'eau potable. En 1848-1849, 50 000 morts malgré ces efforts.

700 morts en deux semaines autour d'une pompe contaminée.

Snow note que le choléra touche les intestins (diarrhée, déshydratation), non les poumons. En 1849, il lie un cluster de décès à un puits pollué par des eaux usées.

Archéologues en Toscane : à la recherche de l ADN du choléra dans un cimetière du XIXe siècle

Caricature de 1832 dénonçant la pollution de la Tamise : "Donnez-nous de l'eau pure !"

Snow analyse les compagnies d'eau : sud de la Tamise plus touché (eau puisée en aval des égouts). Son essai de 1849 est accueilli tièdement ; on exige une "expérience cruciale".

300 000 cobayes naturels
Avec les données de William Farr, Snow compare Southwark & Vauxhall (eau polluée) et Lambeth (eau relocalisée en amont en 1852). En 1854, résultats éloquents : mortalité 10 fois supérieure chez S&V.

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Clou : l'épidémie de Broad Street (Soho). 700 morts en deux semaines autour d'une pompe liée à un puisard défectueux. Snow fait retirer la manivelle le 8 septembre 1854.

Malgré cela, scepticisme persiste. En 1855, Snow publie ses preuves ; The Lancet le raille. Il meurt en 1858 d'un AVC, avant "The Great Stink" (1858) qui discrédite les miasmes.

En 1866, dernière épidémie : autorités isolent la source, bouillonnent l'eau. Le choléra disparaît de Londres.

Aujourd'hui, il frappe encore en zones de crise (ex. : Haïti 2010, Congo 2012). L'assainissement reste clé.

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