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Décharge de munitions toxiques en mer du Nord : plus vaste et dangereuse que prévu au large de Heist

La décharge de munitions de la Première Guerre mondiale au large de Heist, dans les eaux côtières peu profondes de la mer du Nord, recèle probablement beaucoup plus de gaz toxiques que les estimations antérieures. Cette révélation provient d'une analyse approfondie des archives historiques par des experts reconnus.

Décharge de munitions toxiques en mer du Nord : plus vaste et dangereuse que prévu au large de Heist

Analyse historique : une décharge bien plus toxique

Après les Première et Seconde Guerres mondiales, des millions de munitions inutilisées ont été immergées en mer, y compris le long des côtes belges et néerlandaises. Deux des plus grands sites en mer du Nord se trouvent près de Knokke (Paardenmarkt) et dans l'Oosterschelde. La pêche et l'ancrage y sont interdits en raison des grenades, dont beaucoup contiennent des gaz toxiques, gisant sur le fond marin.

Le site du Paardenmarkt, nommé d'après ce banc de sable, avait été oublié jusqu'à sa redécouverte en 1971 lors de dragages près de Zeebrugge. Des plongeurs y ont observé des dizaines d'obus et grenades. L'expansion du port en 1972 a détourné les courants, ensevelissant le site sous une épaisse couche de limon.

Décharge de munitions toxiques en mer du Nord : plus vaste et dangereuse que prévu au large de Heist

Les années 1980 ont révélé son étendue réelle grâce à la magnétométrie, détectant un pentagone de 3 km² sur les cartes marines belges, zone d'interdiction permanente de pêche.

Problème international

Les sites belges et néerlandais ne sont pas isolés. Des centaines de décharges jonchent les fonds marins mondiaux. Le Centre américain d'études sur la non-prolifération (CNS) en identifie 127 contenant des armes chimiques ; le total est bien plus élevé. La plupart datent des deux guerres mondiales, avec une documentation lacunaire due au chaos. Durant la Guerre froide, États-Unis et URSS ont aussi immergé des munitions. En mer du Nord et Atlantique nord-est, plus de 80 sites sont recensés, dont Skagerrak (45 navires coulés), Beaufort's Dyke (1 million de tonnes) et German Bend (16 sites).

L'accès aux munitions enfouies sous sable et limon est ardu, rendant les estimations fiables difficiles. Les chiffres antérieurs reposaient sur un témoignage indirect : 35 000 tonnes totales, dont un tiers toxiques, basés sur des ratios d'artillerie allemande.

Une étude récente du Dr Luc Vandeweyer (Archives de l'État) et du Dr Tine Missiaen (Université de Gand) bouleverse ces données. Les archives inédites de l'administration maritime, du service de récupération belge et du cabinet du ministre de la Guerre Masson révèlent que le Paardenmarkt n'a reçu que des grenades à gaz toxiques. Ainsi, près de 100 % des munitions sont chimiques, non un tiers.

Le sous-dossier s'intitule « Immersion d'obus à gaz asphyxiant ». Les munitions chimiques, trop risquées à détruire à terre (vapeurs incontrôlables), étaient immergées séparément. Le Paardenmarkt, « banc absorbant », fut choisi pour son limon engloutissant les obus. Des centaines de milliers d'obus allemands y ont été déversés via Zeebrugge pendant six mois par des dragueurs.

Pendant six mois, une entreprise de dragage a quotidiennement immergé des munitions du front de l'Yser.

Gaz toxiques : surveillance renforcée

L'UGMM (ministère belge de la mer du Nord), avec le ministère de la Santé et Environnement, surveille le site. La couche de boue post-1972 (2 m en moyenne, jusqu'à 4 m côté côtier, plus fine au nord-ouest) agit comme un sceau. Selon Tine Missiaen, l'environnement anaérobie ralentit la rouille des obus, encore en bon état comme observé en 1971.

Risques potentiels

La libération massive est improbable, mais un échouement de navire pourrait percer les grenades. Interdiction de pêche maintenue, malgré braconnage détecté. Une collision avec un grand navire, près des routes maritimes et pipelines, serait catastrophique pour la faune et Het Zwin.

Le TNT et phosphore blanc sont dans l'Oosterschelde.

Le gaz moutarde, liquide visqueux, coule au fond et se dilue dans les forts courants. Cependant, des détonateurs intacts posent un risque d'explosion. En 2008, une explosion française a déclenché un mini-tsunami via un dépôt similaire.

Décharge de munitions toxiques en mer du Nord : plus vaste et dangereuse que prévu au large de Heist

Nettoyage : défis insurmontables

Inspections régulières respectent les accords internationaux : surveiller sans toucher. La Convention sur les armes chimiques (1997) n'impose pas le nettoyage des sites antérieurs. Surélever en île artificielle pour oiseaux est envisagé, mais ne résout pas les fuites. Le déminage est trop risqué et coûteux : risque de rejets massifs, manque d'infrastructures (Poelkapelle traite 10-15 obus/jour).

Les sites néerlandais

Les Pays-Bas ont immergé post-Seconde Guerre. Rijkswaterstaat détourne les routes maritimes de deux sites (Hoek van Holland, IJmuiden). Le plus critique : Gat van Zierikzee (Oosterschelde), 30 000 tonnes à 500 m de la côte, incluant TNT et phosphore blanc toxiques. Sans protection boueuse, risque plus élevé, mais corrosion lente limite les impacts immédiats.

Mise à jour d'un article paru dans Eos (juin 2013).

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