Entre l'apparition de la peste justinienne en 541 et la chute de Constantinople en 1453 s'écoulent sept siècles. Pourtant, cette épidémie a frappé au pire moment, jouant un rôle déterminant dans le déclin de Byzance.

La plus célèbre épidémie de peste reste la Peste noire du XIVe siècle, qui a décimé un tiers de la population européenne. Causée par la bactérie Yersinia pestis, la peste avait toutefois déjà ravagé l'Ancien Continent dès le VIe siècle, balayant l'Empire byzantin sous Justinien Ier. L'empereur lui-même fut touché (bien qu'il survécût), liant son nom à cette catastrophe sanitaire, en plus de son Code de lois et de la basilique Sainte-Sophie.
La peste justinienne éclata en 541, au cœur des ambitieuses reconquêtes territoriales byzantines en Europe occidentale : invasion de la côte est espagnole et préparatifs pour la Gaule. Mais avec au moins 15 % de la population impériale emportée (soit environ 50 millions de victimes), les rentrées fiscales s'effondrèrent. Justinien dut renoncer à ses expansions pour consolider ses territoires.
Le trésor, déjà exsangue après la construction de Sainte-Sophie, ne permit pas de rebondir. Les historiens estiment que l'Empire byzantin ne s'en remit jamais pleinement, enchaînant crises et déclin jusqu'à sa fin en 1453.
Exagéré ? Point du tout. Des chercheurs allemands ont détecté des traces de cette peste près de Munich, dans des squelettes du VIe siècle. L'ADN de Y. pestis isolé révèle une souche très proche de celle de la Peste noire, avec un bilan humain bien supérieur aux 15 % estimés. Si cette épidémie fut si dévastatrice, elle a vraisemblablement eu des répercussions politiques majeures, comme la "catastrophe mondiale" du XIVe siècle.
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