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Le déclin de la pie-grièche rousse : là où disparaissent poteaux et buissons

En consolidant de petites parcelles en vastes champs, agriculteurs enlèvent poteaux, haies et arbres : l'habitat idéal de la pie-grièche rousse.

Le déclin de la pie-grièche rousse : là où disparaissent poteaux et buissons

La pie-grièche rousse régressé là où les agriculteurs regroupent leurs parcelles pour une exploitation plus cohérente. Ces remembrements éliminent poteaux, buissons et arbres, ressources essentielles à cet oiseau.

Le déclin de la pie-grièche rousse : là où disparaissent poteaux et buissonsLe 21 février, l'Université d'Anvers a décerné pour la première fois son Prix d'ornithologie à l'ornithologue Wim Dings. Le mémoire primé de Lore De Middeleer (UGent) révèle le sort tragique de la pie-grièche rousse.

Après un long voyage depuis l'Afrique, cet oiseau chanteur s'installe parfois en sites inattendus, comme l'ont montré les travaux de Franck Hollander (UCL). Il a observé des pie-grièches rousses dans des clairières forestières, où la nourriture pour les poussins est bien plus rare qu'en zones agricoles voisines. Les chercheurs Hollander et Hans Van Dyck émettent l'hypothèse d'une erreur d'interprétation : insectes plus gros mais moins abondants en forêt, ou abondance précoce qui s'estompe.

Dries Van Nieuwenhuyse, expert en gestion des habitats, propose une autre explication. Depuis 1983, des ornithologues surveillent les pie-grièches en Gaume (sud de la Belgique). Ses données, analysées par Lore De Middeleer, indiquent que les oiseaux se regroupent, acceptant des sites suboptimaux pour rester proches.

"Un défi statistique majeur", confie De Middeleer. "Les méthodes spatiales classiques peinent avec les habitats fragmentés. Nous avons affinés l'analyse pour confirmer si les pie-grièches choisissent activement la proximité dans les zones favorables."

Le déclin de la pie-grièche rousse : là où disparaissent poteaux et buissons

Les résultats montrent des agrégations dans deux tiers des années, surtout à densités élevées (2-3 couples/km²). Certaines vallées se peuplent vite, les mâles arrivant en premier. Les femelles y trouvent aisément un partenaire. De Middeleer, observant en 2013, note des infidélités : les femelles copulent avec des voisins pour diversifier leur progéniture, un avantage en sites groupés. Ou bien, elles infèrent une abondance alimentaire des sites occupés, piégeant les arrivants tardifs.

Autre facteur : le remembrement foncier. La population, passée de 160 à 100 couples depuis 1983, chute dans des vallées soudain vidées. Ces travaux agricoles homogénéisent les parcelles, supprimant haies et perchoirs chers à la pie-grièche.

Les mâles privilégient tôt des perchoirs élevés (grands arbres) pour attirer les femelles ; plus tard, des buissons denses protègent les nids des prédateurs comme le geai. Les clairières forestières trompent initialement.

Sur le terrain, De Middeleer, issue d'une ferme bio, dialogue avec les agriculteurs en français. Ils ignorent souvent l'oiseau migrateur. Bien que Natura 2000 protège des zones, une meilleure sensibilisation s'impose pour préserver cet indicateur des paysages ouverts. []