Un séjour prolongé dans l'espace modifie la matière grise et blanche du cerveau des cosmonautes. "Il pourrait exister un lien avec les troubles visuels observés chez les voyageurs spatiaux", explique Angelique Van Ombergen, chercheuse à l'Université d'Anvers (UAntwerp).
Une équipe internationale incluant des chercheurs des universités de Louvain, Liège et Anvers a étudié des cosmonautes russes. Dix astronautes ont subi des examens IRM avant, peu après leur mission spatiale (durée moyenne de six mois) et sept mois après leur retour. Cette recherche, lancée en 2013, exige du temps en raison du faible nombre de voyages spatiaux, souligne Angelique Van Ombergen.
Les scientifiques ont analysé la structure cérébrale. "Nous avons examiné si le cerveau changeait après un vol spatial et si ces modifications persistaient des mois plus tard. Nous nous sommes concentrés sur l'anatomie structurale, sans encore aborder les aspects fonctionnels", précise Van Ombergen.
Les IRM post-vol montrent des altérations majeures : "La quantité de matière grise, correspondant aux cellules nerveuses, diminue globalement", note le doctorant Steven Jillings. Le liquide céphalo-rachidien (LCR), chargé d'éliminer les déchets et de protéger le cerveau, est aussi affecté. En apesanteur, plus de liquide migre vers la tête, modifiant sa distribution, observable même après le vol.
Sept mois plus tard, la matière grise s'est presque normalisée, bien que des différences subsistent, selon Peter zu Eulenburg, professeur à l'université Ludwig-Maximilians de Munich. Les changements dans le LCR persistent cependant. Leurs causes et impacts, notamment un lien potentiel avec les problèmes visuels des astronautes de longue durée, font l'objet d'études complémentaires.
Cette recherche est publiée dans le prestigieux New England Journal of Medicine.
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