Un criblage de dizaines de milliers de bactéries du sol a permis la découverte d'un antibiotique à large spectre, efficace contre les résistances bactériennes.

Grâce à un criblage exhaustif de dizaines de milliers de bactéries du sol, y compris celles prélevées dans l'arrière-cour des chercheurs, une équipe de microbiologistes de la Northeastern University à Boston a identifié un antibiotique puissant à large spectre, résistant aux mécanismes de résistance bactérienne.
La résistance croissante des bactéries aux antibiotiques représente l'une des plus graves menaces pour la médecine moderne. Selon une étude britannique récente, d'ici 2050, dix millions de personnes pourraient mourir annuellement d'infections dues à des superbactéries résistantes, comme le paludisme, la tuberculose ou E. coli. Malgré l'urgence, peu de nouveaux antibiotiques émergent en raison des coûts élevés, de la durée du développement et du risque rapide de résistance.
Publiée cette semaine dans la revue Nature, une étude menée par des microbiologistes de la Northeastern University explore les 99 % de bactéries du sol récalcitrantes à la culture en laboratoire. De nombreux antibiotiques existants, comme la pénicilline, proviennent de tels micro-organismes qui s'engagent dans une "guerre chimique" naturelle contre les pathogènes.
En 2002, ces chercheurs ont développé une technique innovante : des échantillons de sol sont placés dans une membrane perméable enfouie dans leur environnement naturel, permettant la croissance des bactéries tout en facilitant leur étude en laboratoire.

Des milliers d'échantillons, dont certains de leur propre jardin, ont été analysés. Les bactéries cultivées ont été mises en compétition en laboratoire avec Staphylococcus aureus, responsable d'infections cutanées et respiratoires graves. Parmi 10 000 composés identifiés, la teixobactine s'est révélée létale pour une large gamme de pathogènes humains, sans développer de résistance. Contrairement aux autres antibiotiques, aucune bactérie survivante n'a émergé, bloquant l'apparition de souches résistantes. Elle est inoffensive pour les cellules humaines.
Des chercheurs de l'Université de Bonn ont élucidé son mécanisme : la teixobactine cible deux lipides essentiels à la paroi cellulaire bactérienne, structures conservatives rendant les mutations résistantes extrêmement rares. Comparée à la vancomycine (efficace contre le MRSA), contre laquelle la résistance a mis 30 ans à apparaître, la teixobactine est plusieurs fois plus puissante.
Cette découverte de la teixobactine marque une avancée significative, prouvant que le sol recèle encore de nombreux antibiotiques potentiels. La lutte contre les pathogènes résistants reste prometteuse.
Dans le prochain numéro d'Eos, disponible fin janvier en kiosque, le journaliste scientifique Jop de Vrieze présentera les recherches alternatives aux antibiotiques actuels.