En période d'isolement social imposé par la COVID-19, les célibataires se sentent-ils satisfaits de leur statut ou une anxiété sournoise les ronge-t-elle ? Et si le désir d'une relation surgit, quel partenaire idéal visent-ils ?
Il y a environ un an, le 19 mars 2020, j'ai impulsivement publié un tweet. Alors que la COVID-19 commençait à peine à toucher la Belgique avec un confinement national, des observations venues de Chine alertaient déjà : une hausse spectaculaire des divorces après la quarantaine. Divers médias rapportaient ces chiffres alarmants sur les couples éprouvés par la cohabitation forcée.
Je serais intéressé par la mise en place d'une étude sur l'impact du #coronavirus sur la vie amoureuse et les relations. Apparemment, la Chine signale un taux de divorce plus élevé après la période de quarantaine ! Alors chercheurs en relations, qui est dedans ? ! @EDorranceHall @bigcastastrophe @LieselSharabi
– Elisabeth Timmermans (@DrCarpenters) 19 mars 2020
Parallèlement, les applications de rencontres comme Tinder explosaient en utilisateurs actifs. Même le gouvernement belge reconnaissait les difficultés des célibataires, introduisant le "contact câlin" comme mesure d'exception. Nombreux sont ceux qui, auparavant indifférents à leur célibat, ont soudainement affronté sa réalité : rues désertes, soirées Netflix solitaires sur le canapé.
Ce tweet a lancé une réflexion : quel impact une pandémie mondiale exerce-t-elle sur nos vies amoureuses ? Une équipe internationale de chercheurs a répondu présent. En avril 2020, nous lancions la première vague de notre enquête. Aujourd'hui, les premiers résultats sont publiés dans le Journal of Social and Personal Relationships.
Cette étude cible les célibataires : comment les mesures COVID-19 affectent-elles leur vécu ? Satisfaction ou angoisse en isolement ? Et en cas de quête amoureuse, quelles priorités émergent en crise mondiale ? Deux axes clés : la peur d'être célibataire et les préférences en matière de partenaires.
En 2013, des chercheurs de l'Université de Toronto ont théorisé la "peur d'être célibataire" : une anxiété, peur ou tristesse face à l'absence actuelle ou future d'amour. Ce phénomène n'est pas anodin : il corréle avec le choix de partenaires moins attractifs, la tolérance à des relations toxiques, et des troubles comme la dépression ou la solitude. Une étude ultérieure lie cette peur au désir persistant d'ex-partenaires – expliquant pourquoi 1 célibataire sur 5 a recontacté un ex durant le confinement.
Je m'intéresse à ce sujet depuis 2018, avec mon étude sur l'effet "Bridget Jones" : les femmes célibataires exposées à des contenus romantiques TV développent une plus forte peur d'être célibataires. Cela confirme que le contexte influence cette peur – ici, la TV ; mais quid des inquiétudes COVID-19 ? Les célibataires anxieux face au virus le sont-ils plus dans leur célibat ?
Les psychologues évolutionnistes postulent des attirances genrées : femmes vers hommes ambitieux et solvables ; hommes vers femmes jeunes et attractives. Pourtant, le contexte module ces idéaux, influencé par tendances sociales ou stress. Les femmes ambitieuses privilégient un partenaire familial soutenant sur un riche. Les menaces mortelles boostent le besoin d'intimité, priorisant la connexion sur la perfection.
En fonction de nos besoins, nous recherchons d'autres qualités chez nos futurs partenaires
Une expérience confirme : sous faible stress, les hommes préfèrent des femmes physiquement attractives ; sous stress élevé, des femmes amicales. Nos besoins dictent les qualités prisées. Reste à voir l'impact COVID-19.
Nous avons analysé les réponses de 540 célibataires (âge moyen : 30 ans) de divers pays : 53 % États-Unis, 16 % Pays-Bas, 15 % Belgique. Questions : inquiétude COVID-19, peur d'être célibataire, désirs chez un partenaire potentiel. Préférences classées en trois catégories : stabilité (ressources, fidélité, santé, ambition), engagement familial (qualités parentales, désir d'enfants, liens familiaux), attrait physique/social (beauté, statut social, performances sexuelles).
Plus les célibataires craignaient d'être infectés par le coronavirus, plus ils avaient peur d'être célibataires
Résultats : l'inquiétude COVID-19 amplifie la peur d'être célibataire. Elle booste aussi les trois préférences : stabilité, famille, attrait physique/social. La peur d'être célibataire corréle positivement avec stabilité et famille, mais pas avec l'attrait physique/social – ces célibataires baissent leurs standards là-dessus.
Surprenant : les plus inquiets COVID valorisent plus l'attrait physique/social. Hypothèse : en pandémie, la santé perçue (via apparence fitness) prime ; un bon réseau social (statut) offre un filet de sécurité face à maladie ou chômage.
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