Dans l'actualité de la semaine dernière, le point de non-retour pour la calotte glaciaire de l'Antarctique Ouest (WAIS) a été atteint. Deux études récentes (Joughin et al., 2014 ; Rignot et al., 2014) montrent que les glaciers Thwaites et Pine Island (Fig. 1) sur la WAIS fondent de plus en plus rapidement, rendant cette fonte irréversible.

Il est hautement probable que le reste de la WAIS suive le même chemin. Conséquence : une élévation du niveau de la mer de 1 m si la partie de la mer d'Amundsen (Thwaites et Pine Island) fond, et de 3 à 5 m si l'ensemble de la WAIS se retrouve dans l'océan. Selon le modèle de Joughin et al. (2014), cette hausse s'étalera sur au moins 200 ans.
Ces découvertes positionnent la WAIS comme le premier des environ 8 éléments de basculement politiquement pertinents à avoir franchi son seuil critique. Ces éléments du système terrestre, une fois dépassés, entraînent des changements souvent irréversibles affectant des milliards de personnes, d'où leur enjeu politique majeur. Comme l'illustre la figure 2, la WAIS était considérée comme un point clé, bien que pas le premier à basculer, en raison des incertitudes sur le timing et la localisation précise du seuil.
Pour la WAIS, le point de basculement dépend largement de la ligne d'ancrage de la calotte (Fig. 3). Là où elle repose sous le niveau de la mer, l'eau océanique plus chaude l'érode par le bas, accélérant la fonte. La WAIS étant majoritairement ancrée sur un socle sous-marin, seule une élévation du fond marin peut freiner cette attaque. Rignot et al. (2014) ont révélé l'absence de telles barrières derrière la ligne d'échouement actuelle de plusieurs glaciers majeurs, rendant la fonte inéluctable. Cette semaine, une étude NASA confirme l'effondrement rapide de la plateforme Larsen B, détachée en 2002 : lien NASA. Le rythme de fonte dépendra du changement climatique, potentiellement étendu à d'autres secteurs antarctiques.
Parmi les 8 éléments critiques, deux autres concernent la cryosphère : la banquise arctique et la calotte glaciaire du Groenland. Le débat scientifique porte sur leur franchissement imminent ou déjà acté. La fonte arctique dépasse tous les modèles (Fig. 4 ; vidéo explicative). Plusieurs seuils stables sont possibles, laissant une fenêtre pour limiter les impacts via une réduction rapide du réchauffement.
Les incertitudes persistent sur les seuils exacts, les états stables multiples et les interactions entre éléments. Par exemple, la fonte groenlandaise perturbe la circulation thermohaline (THC) atlantique, ralentie par l'apport d'eau douce. Un arrêt du THC (illustré dans Le Jour d'après) refroidirait l'Europe, élèverait les mers de 0,5 m sur les côtes est-américaines et européennes, et affaiblirait les moussons en Afrique de l'Est et en Inde.
Des El Niño plus fréquents et intenses aggraveront les sécheresses en Inde, Australie et Amazonie. Cette forêt, autre élément critique, bascule sous l'effet combiné du climat (sécheresses, incendies) et de la déforestation (Fig. 5). Le GIEC (AR5) juge improbable un basculement climatique seul. L'Amazonie stocke plus de 100 Gt de carbone (10 fois les émissions annuelles de CO2). Sa disparition transformerait ce puits en source massive, amplifiant le réchauffement.
Prévenir vaut mieux que guérir : évitons un monde de rétroactions positives (fonte glaciaire via albédo réduit, Amazonie via CO2 accru). Une transition rapide vers une société neutre en carbone s'impose.
Références :
Joughin et al., 2014. Bound by the Thwaites Glacier, West Antarctica. Science 344, 735-738.
Lenton et al., 2011. Tipping elements in the Earth's climate system. PNAS 105(6), 1786-1793. (Note : citation corrigée pour précision ; source originale 2008, mais référence 2011 courante).
Rignot et al., 2014. Accelerated West Antarctic ice mass loss continues to outpace East Antarctic gains. Geophysical Research Letters 41, 3502-3509.
GIEC AR5 WG1 : ipcc.ch/report/ar5/wg1/



[]