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Une mâchoire fossile de 115 000 ans révèle les secrets de l'évolution des ours polaires

Les ours polaires fascinent par leur taille imposante et leur adaptation extrême à l'Arctique. Plus grands prédateurs terrestres, ils naviguent sur la banquise ou jeûnent l'été durant. Pourtant, retracer leur évolution reste ardu : leurs os sombrent souvent dans l'océan. « Quand ils meurent, leurs restes finissent au fond marin », explique Charlotte Lindqvist, biologiste évolutionniste à l'Université d'État de New York à Buffalo.

En 2004, un géologue découvre une mâchoire de 115 000 ans dans les falaises de Svalbard, Norvège. Cette trouvaille exceptionnelle nourrit des décennies de recherches. Une analyse ADN haute résolution, publiée cette semaine dans Proceedings of the National Academy of Sciences, illumine l'histoire évolutive des ours polaires et bruns face aux cycles de réchauffement et refroidissement planétaires.

Cette étude tranche un débat : les ours polaires et bruns forment-ils une seule espèce ? En comparant l'ADN ancien à celui de 65 ours modernes, les chercheurs confirment leur distinction génétique claire.

« L'histoire génétique des populations d'ours polaires et bruns est radicalement différente », note Lindqvist, à la tête de nombreuses études sur les gènes d'ours anciens. « L'un est un spécialiste arctique, l'autre un généraliste boréal du Nord. »

Ces espèces évoluent en parallèle depuis environ un million d'années, les ours polaires intégrant des gènes issus de croisements répétés avec des ours bruns. Contrairement aux hypothèses antérieures, l'hybridation va des bruns vers les polaires.

Depuis les années 2000, les « pizzlies » (hybrides grizzly-polaire) émergent dans l'Extrême-Arctique. Pourtant, ils sont rares : tous descendent d'une unique ourse polaire accouplée à deux grizzlis distincts.

Ce schéma s'applique aux ours anciens : hybridations sporadiques, non généralisées, dues à des vies dissemblables malgré des latitudes communes. Ursus maritimus est marin, se reproduit en mars-avril ; les ours bruns chassent en forêt et se reproduisent l'été.

Les ours bruns affichent une diversité génétique vaste : grizzlis des Rocheuses (autrefois jusqu'au Mexique), ours européens, Kodiak alaskans rivalisant avec les bisons.

Autrefois, les ours polaires étaient tout aussi diversifiés. Cette mâchoire norvégienne révèle des gènes uniques, formant un « groupe frère » des modernes, pourtant du même lieu et de taille similaire. « Un ours polaire ordinaire », selon Lindqvist.

De son époque, ce spécimen appartenait à une diversité déclinante depuis 300 000 ans, coïncidant avec une glaciation majeure. « Un goulot d'étranglement massif a érodé leur diversité génétique », souligne l'experte.

L'ours vivait lors du dernier interglaciaire, plus chaud qu'aujourd'hui – hippopotames en Grande-Bretagne ! Lindqvist alerte : ne pas y voir une résilience au réchauffement actuel. « Ces découvertes sont alarmantes. »

Les ours polaires ont traversé un million d'années de fluctuations climatiques, mais jamais aussi rapides, et sans leur ancienne diversité génétique.

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