Autrefois, nos ruisseaux et rivières foisonnaient de saumons. Depuis le Moyen Âge, leurs populations ont chuté drastiquement, pour presque disparaître vers 1900. Une cause surprenante en est responsable.

Nos ruisseaux et rivières regorgeaient de saumons jusqu'au Moyen Âge, avant un déclin inexorable jusqu'à quasi-extinction en 1900. Une cause inattendue s'en cache.
Pour se reproduire, le saumon remonte des mers vers les rivières et ruisseaux afin de pondre ses œufs. Ce phénomène persiste encore en Écosse, en Irlande et en Norvège, grands producteurs de saumon. Moins connu : les eaux néerlandaises et belges étaient jadis des frayères prisées. Dès 1300, les stocks s'effondrent dans ces régions.
Ces découvertes proviennent des recherches approfondies de l'écologiste Rob Lenders, de l'Université Radboud à Nimègue. Il a scruté archives, baux, permis de pêche, registres de ventes et même le Domesday Book anglais dès 1260, pour reconstituer l'évolution des stocks et prix du saumon en Europe du Nord-Ouest.
Lenders et son équipe ont croisé ces données avec des analyses archéologiques de restes piscicoles. « Au Moyen Âge, la proportion de saumon dans les sites archéologiques chute brutalement, au profit d'espèces comme le brochet », explique-t-il. Le déclin est continu jusqu'au début du XXe siècle, où le saumon a quasiment disparu.
La surpêche ? « Non, en Écosse, malgré une pêche intensive, les stocks restent stables. » La pollution ? « Elle n'explique pas tout, car elle surgit bien après la Révolution industrielle. »
La véritable cause ? Les moulins à eau. Dès l'an 1000, des dizaines de milliers de moulins se multiplient en Belgique et aux Pays-Bas. En Écosse, ils sont rares et de type différent, avec un impact moindre.

Cours d'eau naturel : gravier en amont, sédiments fins vers la mer.

Cours d'eau altéré par moulins : barrages retiennent l'eau, gravier enfoui sous le limon.
Rob Lenders démontre une corrélation nette : les barrages des moulins bloquent la migration des saumons vers les frayères. Bien que capables de sauter, les poissons voient leurs lits de gravier – essentiels pour la ponte – s'ensabler en amont des retenues. Résultat : disparition des habitats idoineaux. (sst)